Mt 13, 44-46 Savoir quitter pour recevoir

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Matthieu 13, 44-46 En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ. Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle. »

Dans ce moment de l’évangile, nous voyons Jésus continuer à proposer des paraboles, des comparaisons, qui, dans le cas présent, se ressemblent. Ces deux paraboles font donc système et nous disent, par-là, quelque chose de l’accès à la vocation chrétienne. L’appel à la vocation peut se manifester de diverses manières et notamment sous la forme d’une convocation [au cœur même de mon cadre habituel, un appel en continuité surgit] ou d’une provocation [un événement va dans mon quotidien surgir et m’appeler]. La vocation requiert, quelle que soit le mode de sa manifestation, un même saut pour répondre, ce en quoi consiste la vocation elle-même. Répondre à l’appel reçu, à partir de soi, radicalement.
« Un trésor caché dans un champ » la personne trouve le trésor par hasard dans un lieu inattendu pour elle. Cela produit en elle de la joie. Autrement dit, c’est la situation, ce qui lui arrive, qui provoque la personne. Et ainsi de l’événement, au cœur de la situation, elle se sent appelée… Elle éprouve qu’elle a le goût de se proposer, de répondre, de se mobiliser à partir de ce qu’elle est. Elle décide alors de vivre à partir de cette bonne nouvelle. Sa manière ancienne en est radicalement déplacée.
« Un négociant qui recherche des perles fines » la personne reçoit au cœur même de son activité, de son réseau de relations habituelles, un appel à un davantage, sous la forme d’une convocation. Dans la parabole, c’est une très belle perle qui lui demande une nouvelle attitude : mobiliser tous ses biens pour la transaction, vivre à partir de là. L’appel émane ainsi du cadre habituel, du réseau de relations : un service est demandé, une responsabilité est proposée. Cette convocation est pour la personne appel à prendre les choses habituelles autrement. Elle sort d’elle-même au sein même de son cadre. Sa manière ancienne en est là aussi radicalement déplacée.
« Vendre tout ce qu'il possède »  au bout du compte, une même attitude intérieure est requise : miser sur la découverte. Cela amène à vivre ainsi un avant et un après. L’ancien doit être remobilisé, mobilisé autrement. Il doit être « misé », « offert », « risqué », « donné »… Cette mobilisation donne de se construire de manière nouvelle, mais elle demande d’abord qu’une décision soit posée, un réel abandon de l’ancien pour entrer dans la nouveauté.
 
Nous percevons qu’une alchimie complexe s’établit donc en nous entre convocation par son appartenance, provocation par la situation où je me trouve et ma vocation essentielle, ce qui en moi ne cesse de m’appeler. Cela requiert d’en parler avec le Seigneur en cœur à cœur, l’invocation.
 
Bien des chemins s’ouvrent aux chrétiens. Ainsi au cœur de la participation à la Communauté de Vie Chrétienne, il est un passage qui attend chacun, celui qui consiste à passer d’une vie de baptisé à la décision de suivre le Christ de l’Evangile. Les formes par les quelles se manifestera l’appel à ce passage seront diverses mais elles appelleront à vivre sa vie autrement, en la recevant de la circulation de la parole au sein de la Communauté locale, en partageant radicalement ma vie en son devenir, en recevant, en retour, la parole d’accompagnement de mes compagnons.

Père Jean-Luc Fabre, merci à l'auteur de l'image