Mt 22, 15-21 Du fond du piège tendu, le Fils répond en offrant à chacun d’agir comme un fils parmi ses frères…

Publié le par père Jean-Luc Fabre

19 octobre Les lectures de la messe du 29 dimanche du temps ordinaire

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Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

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Le Piège La tension ne cesse de monter, des alliances contre nature s’établissent pour détruire Jésus. Il dérange trop. Les pharisiens hostiles au pouvoir romain se sont mis de mèche avec les partisans d’Hérode, qui, eux, pactisent avec l’occupant. Le piège tendu consiste à amener Jésus à répondre dans un sens ou dans l’autre pour ou contre l’impôt tribut à César, de telle manière qu’il soit ou déconsidéré aux yeux du Peuple comme collaborateur [en acceptant que l’on paye l’impôt] ou présenté comme agitateur aux yeux de l’occupant [en incitant au refus de payer les taxes]… Jésus va pourtant aisément se dégager de ce piège, parce qu’il est dans une vision profonde, celle-là même à laquelle il invite chacun de nous. Etre ancré en Dieu son Père, et être ainsi pleinement ouvert à toute la vie qu’il reçoit de bien des manières...  

Le principe de la réponse Sa réponse nous ouvre une nouvelle vision du monde et de Dieu, une vision dont l’expression, née de ce contexte particulier de la Palestine d’il y a deux milles ans : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » ne cessera d’aider chacun des chrétiens, tout au long de l’histoire, à trouver la juste place en sa vie entre Dieu et tout le reste, vision qui doit accompagner, aujourd’hui, les incessants réajustements à laquelle nous appellent les évolutions actuelles du monde…

Prenons la mesure de ce que nous dit le Seigneur. Jésus reconnaît la validité de la relation d’échange entre César et ses sujets. Rendre à celui-là ce qu’il a donné, ou prêté [sa monnaie qui porte son effigie] est juste. Mais Jésus met cela en perspective avec un autre échange, essentiel, à partir de la relation qui existe entre chacun et son Créateur. L’image de Dieu [l’effigie], c’est l’homme. Nous avons ainsi à rendre à Dieu ce qu’il nous a donné, notre humanité. C’est l’échange fondamental à partir duquel tous les autres échanges [avec les autres hommes, dans l’ensemble constitué par le social et la Nature, par toutes « les choses visibles et invisibles »] trouvent consistance et légitimité. Ces échanges sont à vrai dire la monnaie courante à partir de laquelle nous vivons, nous incarnons concrètement notre relation à Dieu. Ils sont la mise en œuvre de notre humanité qui rend possible la croissance de l’échange filial avec notre Créateur.

Saint Ignace a été profondément habité par cette parole d’Evangile. Dans la prière inaugurale des Exercices Spirituels, le « Principe et Fondement », il articule admirablement la relation à Dieu et aux choses pour l’homme. Il dit ainsi : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre, sont créées pour l'homme, et pour l'aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé ». Le rapport est de finalité à moyen. Nous sommes donc appelés à une extrême liberté, dans une solitude radicale avec le Mystère de Dieu [tout le reste est moyen, que moyen mais moyen pleinement, pour cette fin] ainsi que dans la mise en œuvre finalisée des interactions avec les autres choses comme elles sont en tant que moyens pour notre fin, le champ de la politique y compris… Là se trouve le fond du dynamisme culturel de la foi chrétienne. Un profond respect de ce qui est moyen, appelé à nous conduire vers notre fin. Nous sommes appelés à en user sans en abuser, veillant à toujours en faire un moyen pour une fin : aider l’homme à sa vie véritable.

La mise en œuvre de la réponse. Jésus en plus d’ouvrir à tous ses disciples un principe, une attitude qui leur donnera de se situer devant le Mystère foisonnant et merveilleux de la Vie comme les enfants libres de Dieu, appelés à établir la justice du Royaume, Jésus répond aussi à ses frères qui s’opposent à lui. Il leur dit leur hypocrisie, [juger par en-dessous], mais il leur répond aussi sur le fond. Cette réponse renvoie chacun d’eux à se poser à lui-même la question. Prenons exemple sur cette attitude du Seigneur en nos conflits : dire l’état de la relation, répondre à l’autre sur le fond, lui ouvrir la possibilité d’une vraie réponse…

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