Mt 24, 42-51 savoir se tenir en attente

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Matthieu 24, 42-51  En ce temps-là, Jésus disait : Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.
Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau !
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !
Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur.
 

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Le Seigneur veut, pour chacun de nous, la vie véritable. Cette vie véritable, elle est don mais elle est aussi fruit de notre activité. En ces quelques phrases, le Seigneur Jésus nous donne quelques recommandations pour bien vivre en nous-même. Sa présence est de toujours mais il veut notre liberté, notre mouvement propre. Sa présence se voile donc parfois, pour nous ouvrir à son retour. Il formule ainsi trois recommandations. Une recommandation générale à laquelle nous pouvons acquiescer mais que nous ne pouvons pas mettre en œuvre dans la durée : veiller et deux autres recommandations bien plus opératoires, être en activité et ne pas dévier… Laissons-nous toucher par elles.

« Veillez » un appel fort, qui nous donne de nous situer d’une certaine manière dans notre existence. Lorsque je veille, je suis dans une réalité ouverte, en attente, je suis ouvert à l’autre, sans la capacité de lui donner a priori un visage, une forme. J’apprends à me fier à une parole… Mais la veille peut s’épuiser de par la fatigue, cette ouverture risque d’être sans rythme, se figer. Je risque aussi de me trouver à douter, à avoir peur des voleurs, à craindre des fantômes… Veiller est un don que nous pouvons demander mais que nous ne pouvons maintenir sans rien faire. C’est aussi là que la deuxième recommandation du Seigneur prend son sens : être au travail…

« Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera à son travail! » Le travail en physique, c’est une force multipliée par une distance dans une direction. Le travail manifeste aussi l’attente d’un fruit par la mise en œuvre d’un effort, je travaille dans une perspective, le travail me mobilise, me met et me maintient en éveil… J’entre aussi dans le calme d’un temps organique qui trouve, en lui-même, sa consistance, mes facultés se rassemblent dans cet exercice. Je puis ainsi demeurer rassemblé dans l’attente, dans la veille, dans l’ouverture. Le Seigneur nous encourage à être à notre travail propre à chacun, à ce travail qui nous maintient dans l’ouverture parce qu’il nous correspond et nous donne d’être dans un repos qui nous convient. Sachons reconnaître et trouver ce travail qui est nôtre, sachons revenir à lui, sachons le remettre sur le chantier patiemment. Cela peut être celui de la prière régulière, celui du service du proche, celui du maintien de la relation avec autrui, celui de la quête définie qui, par-là, s’approfondit… Pensons à ce vieil homme dans l’église d’Ars, qui répond au curé qui lui demande ce qu’il fait : je L’avise et Il m’avise. Sachons bien désirer et choisir uniquement celui qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés et sachons y demeurer, travaillons, peinons pour cela...

« Mais si ce mauvais serviteur se dit » Notre esprit est volatil, capable de virevolter, d’aller ailleurs, d’envisager d’autres chemins, sa force et sa faiblesse… Soyons prudents, mesurons aussi combien nous pouvons facilement nous retirer de là, où la vie nous appelle, nous laisser entrainer dans un chemin qui nous perd… prenons l’habitude de revenir à notre travail, de prendre le temps de le considérer, de nous considérer. Bâtissons ce cadre souple qui nous maintient, découvrons que ce cadre nous est gracieusement offert par la présence de nos frères et de nos sœurs en humanité qui nous aident à demeurer dans l’ouvert de nos vies simplement, ils nous soutiennent. C’est ce qui se vit dans les communautés locales, c’est ce qui peut se vivre entre amis, entre conjoints…

Père Jean-Luc Fabre

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