Mt 28, 16-20 La Très Sainte Trinité

Publié le par Père Jean-Luc

Dimanche 03 juin 2012   
La Très Sainte Trinité, le pouvoir de l’Amour livré se donne à nous...

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,16-20.

« En tout domaine, le génie de l'enfance est de découvrir l'essentiel sans connaître le nom qu'il porte.» Gilbert Cesbron C'est Mozart qu'on assassine

trinite-a.jpgIl y a une semaine, nous fêtions la Pentecôte, ce dimanche nous célébrons la Très Sainte Trinité... Nous sommes à une semaine de ce grand arc liturgique qui s’étend sur plus de trois mois. Il va du Carême jusqu’à la Pentecôte en passant par la Semaine Sainte, le Jour de Pâques et puis le temps pascal avec la période jusqu’à l’Ascension puis celle des dix jours qui mènent à la Pentecôte. Cette solennité de la Très Sainte Trinité a en fait une dimension marquée d’« après coup », elle est récapitulative. Ceci permet de percevoir pourquoi l’Eglise a retenu la finale de l’Evangile selon Saint Matthieu pour cette année liturgique.
En effet, comprendre cette solennité demande de la situer par rapport à l’ensemble du déploiement du mystère pascal, tout comme l’envoi final des disciples ne peut avoir de sens que dans la mesure où restent vives les raisons, les motifs de l’envoi, c’est-à-dire ce qui a été reçu de la révélation du Mystère de Dieu durant le temps terrestre de Jésus-Christ. En ce temps de mai, avec un peu d’humour, nous pourrions dire qu’elle est comme l’examen récapitulatif de l’année scolaire, ou comme l’accord final d’une symphonie ou même comme le silence qui suit la dernière note de musique selon ce qu’en dit Sacha Guitry « Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. ». Ecoutons donc ce silence qui repose en toute la création, qui a été réveillé, révélé par la vie du Christ jusqu’à sa mort et sa résurrection. Le silence a son mot à dire... Il nous renvoie à la profondeur de ce que nous avons tous à vivre en notre vie quotidienne...
Jésus parle ici à ses disciples après son grand passage, il leur ouvre l’avenir. Concentrons-nous sur son discours, nous prenons compte de la situation, son propos est lié à ce qu’ils ont vécu ensemble, ceci donne de comprendre d’ailleurs que « certains puissent avoir des doutes », et que beaucoup le reconnurent et lui manifestèrent du respect, c’est-à-dire se situèrent justement par rapport à lui... Le plan de son adresse est rigoureux : un principe « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre »  fonde une demande « Allez donc ! », cette demande s’appuie sur une promesse d’aide « Je suis avec vous tous les jours »...
« Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » Ceci fonde tout le reste de la déclaration. La déclaration est massive, elle concerne tout le « ciel » et toute la « terre ». Ceci a plusieurs implications logiques. Elle inclut donc l’intégralité du temps à venir aussi... ce temps apparaît comme la (simple) mise en œuvre de ce principe en tout lieu. Ce pouvoir concerne la relation avec les êtres, tous les êtres, aussi bien le Mystère de Dieu, que les habitants du ciel et ceux de la terre... Alors quel est donc ce pouvoir, ce pouvoir qui lui a été donné, un pouvoir qu’il n’avait pas à son apparition dans notre monde, mais qu’il a reçu, un pouvoir qui lui a été donné sans que les disciples ne le sachent. C’est le pouvoir qui lui a été donné, au moment de sa plus grande solitude, du plus grand abandon,  à travers sa Passion et sa Résurrection... Un pouvoir qui donne tous les autres pouvoirs, le pouvoir sur l’autre, le pouvoir de le libérer, le pouvoir de le rendre capable d’aimer... Ce pouvoir est celui que le Christ a acquis à travers sa Passion, le pouvoir qu’il a acquis de son obéissance, ce pouvoir qui le rend « principe de salut » pour chacun de nous... le pouvoir de triompher de l’ennemi, comme le dit le psaume, « il triomphe jusqu’au cœur de l’ennemi ». Oui, ce pouvoir est celui de rendre capable d’amour celui qui est son ennemi, celui qui est pris par la haine... Il est le fruit de l’humilité et de l’abandon... de l’obéissance amoureuse au Père... de la révélation jusqu’à l’anéantissement de ce qui le fait vivre, lui le Christ, le fait aimer, lui le Christ : l’Amour du Père, tout à la fois celui qu’il reçoit du Père et celui qu’il lui donne en retour... C’est le pouvoir qui libère l’autre homme du poison qui le ronge, de vouloir être contre autrui... Il donne à chacun de nous de pouvoir lui aussi aimer en Lui pleinement... Voilà son pouvoir et rien d’autre et c’est à partir de ce pouvoir qu’il donne mission...
« Allez donc ! » Une mission large qui se donne d’abord par un mouvement vers l’autre, se quitter, quitter le bien connu pour aller vers l’inconnu pour le rencontrer. Quitter comme lui-même, le Verbe s’est quitté... Rencontrer l’autre en cherchant seulement à transmettre aux nations ce mouvement de vie reçue, devenir disciples comme les Onze le sont à travers ce qu’ils ont vécu et vivent dans la relation avec Lui. La Bonne Nouvelle, la Sainte Doctrine est essentiellement cela, ce changement de manière d’être, de manière de vivre, laisser vivre en soi ce mouvement qui vit dans le Mystère de Dieu, il s’agit d’être plongé dans ce mouvement, d’en être baptisé... Et ce mouvement qui nous rend libres, capables, il doit chercher à s’entretenir, à se maintenir, à s’approfondir... Veiller à faire vivre, ce qui nous fait vivre... La parole du Christ essentielle, nous a longtemps été répétée par Saint Jean durant le temps pascal, il s’agit de demeurer dans sa Parole, de s’aimer les uns, les autres comme il nous a aimés... Les commandements sont ceux de la vie véritable, l’amour humble du frère... La fête de la Trinité apparaît comme la fête de l’humilité donnée, répandue, désirée...
« Je suis avec vous tous les jours » le Seigneur est là pour porter notre mission, nous introduire sans cesse dans cette dimension d’humilité, nous donner de subsister dans cette attitude, sa présence nous maintient ouverts, dans la difficulté de la rencontre avec l’autre, il se révèle, quand plus rien en nos vies de ce sur quoi nous prenions appui ne tient, nous faisons alors l’expérience à la fois douloureuse et heureuse d’être portés, nous faisons l’expérience de la force de la douceur, de la force de la vérité sans défense, nous offrons alors au Christ cette humanité, notre humanité, qui lui permet de se révéler à l’autre, nous lui offrons d’agrandir son règne de justice et de paix... Sans Lui, nous ne pouvons rien, il nous porte, il nous donne dans la relation avec l’autre de devenir, il nous donne passage, il nous donne d’être, il se donne à nous dans l’Eucharistie qui nous donne de traverser, il est présent à nous spécialement dans le rassemblement ecclésial permis par le sacerdoce et qui accompagne nos vies, et qui nous donne de pouvoir donner nos vies, de pouvoir les recevoir de Lui, de contempler son action... Heureuse Eglise du Dieu Trinitaire fête Ton Seigneur !

tab-evangile-trinite.JPGPère Jean-Luc

2ème lecture ; Prier avec les Actualités ; Prière universelle
photo http://storage.canalblog.com/89/32/443201/31569823.jpg