Mt 5 1 12a‏ Toussaint - Le porche d'entrée de la vraie vie, le Christ Jésus

Publié le par père Jean-Luc Fabre

 

01 novembre - Mt 5, 1-12a  En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
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C’est certainement un des deux ou trois passages les plus connus de l’Evangile par les hommes de toutes les époques, de tous les continents après celui de la nativité du Seigneur, et ceux de sa Passion. Nombreux sont ceux, croyants ou incroyants, qui reconnaissent que ce passage exprime le mystère de cet homme Jésus… C’est lui qui a prononcé le premier les Béatitudes ! Il y a la petite colline qui deviendra le mont des Béatitudes,  le lac de Tibériade et cette paix des premières fois… Et nous, nous avons l’habitude d’entendre les Béatitudes le jour de la Toussaint.

Elles peuvent, si nous le voulons, être  comme un moyen pour chacun de nous pour faire le bilan de l’année écoulée : quand, comment, avons-nous vécu telle ou telle béatitude, à quelle occasion, dans quelle situation ?… Qu’a-t-elle produit en nous depuis ? En quoi en les vivant, avons-nous avancé dans notre être chrétien ?

Les béatitudes que nous réentendons sont aussi l’occasion pour nous de nous rapporter d’une manière renouvelée à Celui qui les a prononcées pour la première fois. Le Christ Jésus. Nous pouvons y découvrir trois aspects de lui : le sérieux de sa manière d’être, puis ce qui l’oriente, enfin ce qui déborde de son cœur. En plus de les proclamer, Jésus est celui qui nous rend possible de vivre selon les Béatitudes et leurs promesses… Ne cessons pas de le regarder, de l’écouter, de le contempler, il est le témoin fiable. C‘est par lui que nous devenons capables d’entrer dans la vie promise…

« Il se mit à les instruire. » Nous trouvons là une attitude caractéristique de Jésus. Il apporte une nouveauté, qui changera la vie des autres. Nous avons à réaliser que chaque fois qu’il s’adresse aux autres, c’est pour que ce qu’il dit soit reçu et amène les autres à changer, à évoluer, à se transformer… Il y a bien cela dans la manière dont Jésus s’adresse ici à ses disciples. Le cadre qu’il choisit renforce son propos : la montagne qui évoque celle du Sinaï, sa préséance, ils viennent à lui qui est assis en souveraineté. Sa manière de parler contribue également au renforcement de ce qui est dit, il scande son discours inaugural par le mot « heureux »… Ses paroles ont le pouvoir de changer celui qui les reçoit. Oui, elles peuvent transformer celui qui les reçoit… Elles sont à méditer, à ruminer même, à prendre comme repères pour relire notre vie dans le quotidien. Nous pouvons considérer aussi Celui qui nous parle, qui s’adresse à nous. Il est pleinement dans ce qu’il dit. Tellement peu de personnes parlent aujourd’hui en leur nom propre, le plus souvent elles sont de simples représentants figés d’une structure dont elles appliquent les normes, elles ne s’adressent pas à nous avec ce qu’elles sont… Lui, Jésus, il nous parle vraiment et il est pleinement dans ce qu’il dit. Il y est tellement qu’il sera condamné par ceux qui trouveront cela insupportable, car sa manière d’être remettait trop en cause leurs propres manières de vivre comme dépositaires du pouvoir. 

« Le Royaume des cieux est à eux ! » Voilà la grande nouvelle de ces quelques versets. Un avenir éternel nous est promis et parfois même il se donne à toucher, à goûter dans le temps présent… Cette réalité nouvelle le Royaume des cieux concerne ma personne mais aussi celles de tous les autres. Le Royaume, c’est cette manière autre de vivre entre humains lorsque Dieu est parfaitement reconnu par tous. Jésus n’a eu de cesse de promouvoir ce Royaume, de nous proposer d’y entrer, de le reconnaître, c’est l’orient de nos vies. Vivre pour le Royaume de Dieu ou y être même. N’en doutons pas nous aussi d’une manière ou d’une autre, au cours de cette année, nous l’avons expérimenté. Une réunion où les gens se concilient, une aide impossible qui m’arrive, une main que je tends à l’autre, une nature qui m’accueille, me réjouit et me donne de ne pas être perdu, isolé, abandonné… Un moment où l’autre n’est pas un adversaire mais un frère avec lequel je construis une maison qui peut en accueillir bien d’autres… Un moment de grâce qui allège tout sur son passage, la fatigue, le dépit, la tristesse… Tentons de retrouver ces moments fugaces mais réels d’entente que nous avons vécu entre nous… Réalisons la promesse qui nous était faite par Lui… N’ayons pas peur de vivre dans la pauvreté. C’est la pauvreté de notre être qui nous permet de vivre avec nos frères !

« Soyez dans l'allégresse, soyez heureux. » Voilà bien la parole foncière que le Christ adresse à tout homme, du fond de son cœur. Jésus nous adresse ce souhait à la suite du psautier qui commence lui aussi par le mot « heureux ». Le premier verset du premier psaume dit « Heureux l’homme qui murmure la loi de Dieu jour et nuit… ». Ainsi, le Fils qu’est Jésus, reprend la manière du Père, qui, au soir de chacun des jours de la genèse, s’est réjoui et a dit que ce qui avait commencé à exister était bon… Jésus nous souhaite d’être heureux et encore plus dans l’allégresse. L’allégresse n’est pas un bonheur qui accapare mais un bonheur qui allège, qui rend disponible à l’autre, qui donne de l’aider avec légèreté, délicatesse, ce bonheur où nous sentons la vie, sa légèreté, sa quintessence, sa capacité à se diffuser, à se donner… Voilà ce qu’il souhaite à chacun de nous en son cœur.

Trois traits qui disent beaucoup sur Jésus. Trois caractéristiques qui nous rejoignent, nous accompagnent : l’authenticité de sa parole, son projet de vie qui est pour tous, son cœur plein de bénédictions pour chacun de nous. La vie de chacun de nous prend sa vraie dimension dans la relation étroite avec Lui. Les saints, les grands et les petits, les célèbres et les obscurs, tous ont fait le choix un jour de se mettre vraiment à sa suite, de le prendre au sérieux, de faire de lui leur ami le plus cher… Ils se sont fiés à son authenticité, ils ont cru à sa promesse pour tous, ils ont perçu son cœur plein d’amour envers eux et tous les autres, ils ont eu le désir de vivre de sa vie… Cette invitation nous est aussi adressée ! N’en doutons pas ! Soyons pleinement heureux de vivre et de nous mettre à sa suite !

Père Jean-Luc Fabre

photo http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/181639/gd/1256308845/Plante-de-Toussaint.jpg