Mystère ...

Publié le par Aumonerie de Purpan (jardinier de Dieu)

fleur blancheLorsque je m'arrête au mot mystère, je me souviens de la définition que m'en donna le catéchisme de mon enfance :"Un mystère est une vérité révélée que nous devons croire bien que nous ne puissions pas la comprendre"

Cette définition, apprise par coeur, marqua ma jeunesse comme elle marqua et imprégna "à coeur", hélas, des génértions de chrétiens, assujettis à cet enseignement restrictif et appelés cependant à vivre sans restriction le mystère chrétien !

Par la grâce de Dieu, une lumière s'est peu à peu fait jour en mon esprit  en regard de cette affirmation quelque peu contradictoire. Puis elle me fut progressivement confirmée par l'expérience de l'aventure chrétienne dans ma vie toute simple de laïque.

C'est pourquoi, avant entreprendre cette approche des étapes de la Vie du Christ en notre propre vie, je m'arrête pour faire halte autour du mot "mystère", objet d'une redoutable équivoque avec le mot "mystérieux", et cependant aiguillage décisif de notre foi chrétienne.

Ce qui, dans la foi, est du domaine du "mystérieux" - tels l'origine du mal, la naissance virginale de Jésus, la résurrection de Lazare et d'autres miracles extraordinaires du Christ - est, me semble-t-il, ce qui échappe à la compréhension de l'homme, en raison des limites de la condition humaine.

Bien que nous ne puissions en faire l'expérience, de tels miracles sont objet de notre émerveillement et de notre foi en ce que l'Eglise nous enseigne.

Tandis que le mystère de la Vie du Christ est une Révélation.

En effet, le mystère du Fils de Dieu fait homme - totalement insaisissable au niveau du raisonnement logique - peut devenir "connaissance" intime au niveau des profondeurs de l'être, intelligence, progressivement éclairée par l'expérience vécue jusqu'au développement intérieur, en un mot "ré-vélation" !

Je crois que c'est en pénétrant toujours plus avant mon propre mystère, celui d'un être créé à l'image de Dieu, qu'il m'est donné de pouvoir percevoir quelque chose du mystère du Christ et de ses étapes successives.

Bien que donnée totalement en Lui, la Révélation plénière s'accomplira pour nous au-delà du voile et des limites de notre condition humaine.

En bref, le mystérieux interroge notre foi de "confiance". Bien au-delà, le mystère appelle notre foi de "connaissance".

Cette notion de "mystère" est centrale car elle commande tout une vue et donc la compréhension des chapitres qui suivent :"le mystère du Dieu Vivant", le contenu d'une réalité substantielle, accessible aux hommes, d'un mystère de vie qu'ils ont à perpétuer jusqu'à la fin des temps.

Profondément insatisfaite par la définition dont j'avais été nourrie dès l'enfance, je découvris un jour l'équivoque inscrite dans cette affirmation de base. Elle consistait à dissocier l'exigence de la foi, contenue dans le mot "croire", de la faculté de comprendre.

Il m'apparut alors que ce faux aiguillage initial introduisait inconsciemment les êtres à une impasse religieuse. Il limite au départ de notre quête d'absolu et freine ainsi toute croissance de vie chrértienne consciente.

Pour moi, cette définition du mystère s'accordait mal avec la dignité de l'homme, créé par Dieu intelligent et libre. Comment tant d'êtres, parvenus à l'âge adulte, ne se poseraient-ils pas un jour avec angoisse ces mêmes premières questions : qu'est-ce donc "croire" ? Car, si notre fidélité implique de vivre ce que nous croyons, comment vivre ce que nous ne pouvons comprendre ?

Comment leur foi ne sombrerait-elle pas alors dans une impasse si, par une voie ou par une autre, la lumière de l'Esprit ne venait les en délivrer ?

Plus ou moins à gros traits, le problème me parait se poser ainsi : l'acte de foi recouvre-t-il seulement un acte de pure soumission ou exige-t-il aussi une adhésion d'amour et de volonté qui engage tout l'être, aimant, intelligent, agissant ?

C'est en prenant appui sur cette première lueur apportée par une réalité vivante - fil conducteur si ténu soit-il - que put humblement commencer dans ma vie humaine l'aventure de ce que l'on nomme le mystère chrétien.

Car c'est en m'efforçant fidèlement de vivre la lumière que je reçois aujourd'hui, qu'une parcelle du mystère, éclairée dans ma vie, devient lumière en moi. Celle-ci écarte progressivement le voile intérieur et me livre le supplément de lumière dont j'ai besoin en ce nouvel aujourd'hui pour qu'elle pénètre en moi ... Et cela, sans fin.

 

A suivre

 

Marguerite Ph. HOPPENOT, 1980.

Cette vie qui m'est donnée : la plus haute aventure.

Plon, Paris, p.p.112-114

 

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