Nos vies marchent dans le chemin

Publié le par Père Jean-Luc

Comment la bonne nouvelle se fraie un chemin en chacune de nos vies...

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »

  Nous sommes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, notre vie nous la traversons avec au fond de notre cœur la présence du Dieu trinitaire... Un deuil récent dans ma famille m’a amené à sentir cette présence active dans le cœur d’un homme qui a vécu une vie toute simple. Ami lecteur, quelques lignes sur cet homme, mon oncle.

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Que dire de cette vie qui a commencé dans une famille modeste du Ségala, une région très pauvre de l’Aveyron, au début des années 1920 ? Elle a été marquée par le labeur, depuis le plus jeune âge, elle a été marquée aussi par l’ouverture aux autres bien au-delà de ce que cet homme pouvait imaginer gamin, celle d’aller en pension chez des Frères loin de sa famille tout enfant, puis celle d’être placé adolescent dans des fermes, puis celle de la vie en Autriche durant le Service du Travail Obligatoire à partir de 42 dans cette Babel que devenait le troisième Reich, puis celle du travail en usine en région parisienne avec des ouvriers de la France entière, France qui se reconstruisait, puis celle du travail comme bougnat(1) dans l’est de Paris où cet homme rencontrera des juifs, des musulmans, des asiatiques avec les vagues successives de peuplement du quartier, puis celle de la retraite en Lozère, puis celle enfin de sa vie en maison de retraite auprès de son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer... A chaque fois, dans toutes ces ouvertures sociales, il y aura de sa part un accueil, une acceptation de l’autre dans sa différence, avec un regard bienveillant et ensuite la possibilité d’entrer en relations d’amitié... Il y avait bien dans cette vie, un chemin d’ouverture qui la guidait, l’autre s’impose à moi, m’excède [mes maîtres, mes employeurs, mes collègues, mes clients d’origines si différentes de la mienne] puis une vérité, [j’accepte que l’autre soit autre que moi, je l’accueille] et une vie en découle, [je fais des choses avec l’autre, je lui rends des services, je me réjouis avec l’autre, je fais la fête]... 

Cet homme qui aimait sa famille, racontait bien des anecdotes où perçait parfois un peu d’ironie, mais surtout la surprise, l’émerveillement de se sentir humain avec des gens différents, le bonheur aussi d’avoir pu donner un modeste coup de main... Je me souviens notamment comment en livrant le charbon lorsqu’il était bougnat, il lui arrivait souvent de devoir allumer ou éteindre dans les foyers juifs le jour du sabbat, -cet interdit manifeste la reconnaissance envers Dieu le Créateur et le Donateur de ce don merveilleux de la lumière- il en parlait avec humour et gentillesse... des gens bien différents de lui, étranges dans leurs comportements, leurs valeurs mais à respecter, à qui rendre un modeste service... 

A la fin de sa vie, il a aussi accepté que son épouse lui devienne étrange ; il a su lui être fidèlement présent, l’accompagnant autant qu’il le pouvait, acceptant, le cœur blessé, cette épreuve. Cet homme a ainsi vécu une vie d’homme simplement, modestement, il a dit « oui » au chemin d’amour, il a accepté de perdre et de continuer à être présent, à être fidèle, à croire que cela avait malgré tout un sens... Il a maintenu ainsi la vie vivante, la vie en relation, pour beaucoup plus de gens qu’il ne pensait... Son Seigneur, n’en doutons pas, travaillait en son cœur... Au travers de ce chemin, il a été amené à témoigner de la vérité, la vie vaut le coup d’être vécue et respectée, il s’est ouvert à une Vie plus grande encore... Il a aimé à fond. Il a porté du fruit. 

A nous aussi, quelque soit notre âge, la même promesse nous est faite, aimer vraiment, et pour cela accepter de cheminer, accepter de vivre les crises qui nous donnent d’accéder à plus de vérité en nous et cela ne va jamais sans accepter d’être plus pauvre, alors la vie, la vie de Dieu nous habite, nous fait vivre, se répand, se rend visible... Cette vie n’est pas une vie extraordinaire, elle est simplement et merveilleusement la vie, la vie qui se donne. 

Perdre le contact avec un homme comme lui nous attriste, mais nous pouvons reconnaître que dans cette vie, modeste et laborieuse, un vrai témoignage d’amour, de fidélité, d’ouverture, de bonhommie nous a été donné... 

Sachons recevoir, en chacune de nos vies, ce qui nous est donné, sachons l’apprécier, sachons nous aussi comme lui, prendre en vérité le chemin de la vie, sachons aimer. 

Père Jean-Luc

(1)  Le bougnat était le commerce où l’homme livrait le charbon alors que la femme tenait le café, à Paris nombreux ont été aveyronnais, lozériens et cantaliens dans ce métier qui a pratiquement disparu.

photo http://s1.e-monsite.com/2009/08/19/05/83263308segala-jpg.jpg

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