Papa, je veux être fort comme Thor (suite)

Publié le par V†G

flagellation

Nous poursuivons le dialogue publié précédemment entre un jeune pré-adolescent fasciné par Thor, et son père qui l’amène, à travers un rapprochement audacieux avec le Christ, à réfléchir au don que ce dernier fit de sa vie.

Le dialogue et les objections surgissant du débat les conduisent un peu plus loin dans le sens et l’efficacité d’un tel acte, dont il fut affirmé, dans la première partie, qu’il se justifiait par l’amour que le Christ avait pour ses amis, et ses ennemis.

 

(…)

« Parce qu’il les aimait ».

L’enfant réfléchit de nouveau, visiblement sensible à une telle justification, en même temps que contrarié…

« Mais enfin, ce n’est pas en mourant comme Jésus qu’on peut sauver ses amis ! Thor, lui, après être ressuscité, a retrouvé tous ses pouvoirs et son marteau ; il était de nouveau le plus fort, et il les a tous sauvés. Alors que Jésus, on l’a mis au tombeau, et après qu’il ait ressuscité, il a disparu en montant aux Cieux. »

Nous étions à mi-parcours du voyage du retour.

« Tu sais, on peut aborder une telle question par mille voies, sans jamais en épuiser une ».

Visiblement, le père cherchait à gagner du temps, et c’est peut-être lui qui était épuisé… Quelques minutes plus tard, il reprit :

« Te souviens-tu de ce qu’a dit Pilate lorsqu’il présenta Jésus au peuple après l’avoir fait flagellé ?

–  Euh, non…

Ecce homo, c’est-à-dire, en latin, ‘voici l’homme’. A l’époque, la flagellation était en elle-même un supplice dont certains ne sortaient pas vivants. Les bourreaux étaient plusieurs, leur fouet était conçu pour déchirer les chairs, et le supplice ne s’arrêtait que quand eux-mêmes étaient fatigués. Imagine donc l’état dans lequel Jésus était lorsqu’il fut présenté au peuple, comme l’homme, déchiré par son semblable. Et bien, quand Jésus dit qu’il prend les péchés sur lui, concrètement, c’est ça dans son corps, sa chair, et dans son cœur, son Esprit. Jusqu’à en mourir.

– Et alors, qu’est-ce que ça fait pour nous sauver ?

– Si le don de lui-même s’arrêtait là, rien du tout ; pire, cela n’aurait aucun sens, ce serait absurde. Ce qui change tout, c’est la Résurrection. Par la Résurrection, Jésus prend sur lui, mystérieusement, les conséquences du mal de tous les temps et de tous les hommes. Aujourd’hui encore, il endure les blessures de toutes les sortes du mal et porte avec ceux qui souffrent l’excès de souffrance de l’humanité. Voilà la voie que Jésus a librement choisie pour nous.

– Mais que change sa souffrance ? En quoi nous sauve-t-elle ?

– Sa souffrance, et la notre, n’a de sens que si elle nous permet d’accéder à un surcroît de vie, à un avenir qui s’ouvre en dépit de tout. C’est bien ce que Jésus veut nous donner : la vie en abondance, fut-ce au prix de la Croix. Souviens-toi de Patrick et Laure, qui ont adopté un enfant gravement handicapé. Ils souffrent avec lui et pour lui, pour que sa vie, même diminuée par ses handicaps, soit pleine d’un surcroît de vie. Et vois comment ils donnent leur vie ! Pourtant, à cause du handicap de leur fils, ils n’ont même pas la satisfaction d’un retour, d’une expression consciente de sa part mais, curieusement, ils se réjouissent de lui et avec lui.

– Mmmh… C’est bizarre…

Un silence songeur occupa ce qu’il restait du voyage, puis, au moment où nous arrivions à la maison :

– Et pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas la souffrance ?

– Va te coucher, et brosse-toi les dents.

 

V†G

 

Illustration : La flagellation et le début du chemin de Croix par Théophane le Crétois, icône byzantine du Mont Athos, reprise de http://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_du_Christ