Point de vue d'une mère adoptive sur l'adoption par des couples homosexuels

Publié le par Anne G.

 

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Je suis mariée (avec un homme) et mère de trois enfants adoptés. Pour une des premières fois de ma vie, une question de morale publique m’inquiète sérieusement au regard du projet de loi sur le mariage homosexuel.

Je regarde mes enfants. Comment seraient-ils avec deux papas ou deux mamans ?

Je suis bien placée pour savoir qu’un enfant qui a été victime d’un abandon, généralement précédé d’une vie de misère, et suivi de ruptures affectives violentes et/ou des manques affectifs inévitables en orphelinat, est un enfant fragilisé. Même s’il se développe bien et que cela ne se voit pas. En tant que parents, sans couver excessivement, nous nous devons d’être vigilants.

L’abandon laisse des blessures qui ne se referment pas même avec tout l’amour du monde. Nous sommes là pour accompagner cette souffrance sans la gommer, fortifier leur estime de soi afin qu’ils puissent grandir et être heureux.

Et pour cela, il leur faut le mieux. Alors qu’est- ce que le mieux ?

Evidemment, nous ne sommes pas des parents plus parfaits que les autres, et nous faisons ce que nous pouvons. La question n’est pas là.

Le mieux pour un enfant, c’est d’avoir un Papa et une Maman. Si on se place du point de vue de son intérêt, ce qui devrait être le cas dans ce débat qui fait couler tant d’encre, il ne s’agit pas de fournir en enfants les couples de tous types en mal de progéniture. Il s’agit d’offrir à un enfant fragile et ayant vécu un début de vie difficile, une véritable famille avec de « vrais » parents.

On n’a jamais vu de famille se constituer autrement que sur la base de la rencontre d’un homme et d’une femme. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? Parce nous pouvons nous servir dans les pays pauvres ? Parce que les progrès de la médecine peuvent nous fournir des gamètes ? Ou parce nous nous sentons le pouvoir de faire ce nous voulons ? C’est un non-sens caractérisé qui est dangereux pour l’avenir de notre société.

En tant que mère, lorsque mes enfants se pressent sur moi, collés sur mon ventre qui ne les a pas portés, la tête posée sur ma poitrine qui n’a pas allaité, avec ce regard éperdu et ce mot magique « Maman ! », je ne vois pas ce que mon mari viendrait faire à ma place. Il y a là un rapport charnel que seule une femme peut apporter : ils me boivent. Un homme aura beau être doux et tendre, cela ne remplacera pas ce corps à corps qui nous ramène à la relation fondamentale mère enfant : porter, nourrir, caresser, materner. Qu’il soit adopté ne change rien à la question. Le besoin est le même, il est même plus pressant parce que les enfants ont besoin de rattraper les manques du passé.

Quant à moi, je laisse à mon mari les coups de gueule, les dépassements de soi, et autres relations parfaitement masculines. Parce que, en tant que mère, je ne sais pas faire.

Et de cette manière-là, nous nous complétons.

Anne G.

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