Renaître avec Lui, et, pour cela, laisser tomber ...

Publié le par père Jean-Luc Fabre

"Les apparences suffisent largement à faire un monde." Jean Anouilh Le Rendez-vous de Senlis.

Un monde se déploie à Jérusalem, un monde qui semble fonctionner dans les échanges, les controverses, les conflits mêmes et pourtant il y a un homme qui est allé au désert, qui chemine dans cette solitude et cet homme va convoquer ce monde d’apparence et l’appeler à aller plus loin...

Et là chose surprenante, c’est que les personnes vont aller contre leur propre intérêt, ils vont faire ce qu’il ne faudrait pas... Ils vont se convertir à l’appel du Baptiste et demander à recevoir le Baptême, à changer de vie...

A quoi reconnaît-on que l'on est amoureux ? C'est très simple. On est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt François Truffaut Extrait du film L’Amour en fuite

 

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Pourquoi donc cet écart ? L’amour s’est éveillé en eux. Mais qu’est ce qui a permis à Jean d’éveiller ainsi ces personnes prises dans les apparences de leur vie sociale qui les justifiaient jusque là ? Jean Baptiste a parlé, au-delà de la qualité de son raisonnement. Il y a la présence de sa propre vie qui se risque. Il y a cette voix qui se laisse entendre, cette voix au plus proche du primitif en nous qui ne ment pas. Elle touche et rejoint chacun de nous au profond de son humanité, là où elle quitte la nature pour entrer dans se promesse. Renvoyé en ce lieu, chacun renoue avec Celui qui l’a sorti de la nature, qui l’a donné à sa liberté... Conjointement à l’artifice de la culture, il y a toujours présente cette émergence de la nature. Nous repartons en nos vies, en renouant en ce lieu d’Alliance.

Ce n'est pas l'encre qui fait l'écriture, c'est la voix, la vérité solitaire de la voix, l'hémorragie de vérité au ventre de la voix. [Christian Bobin] Extrait de L'Inespérée

Dès lors, ce qui entraine chacun, c’est le retour à ce stade où la promesse se donnait à entendre, se donne toujours à entendre. Celle qui prend appui sur le plus naturel, le plus primitif, celui que nous ne pourrons jamais dépasser, quitter, ce lieu du passage en nous...

Le cœur et l'esprit n'ont que voix consultative. La chair a voix prépondérante. [Paul Géraldy]

Je me comprends comme ce mélange de nature et de culture, je renoue avec ma promesse qui me donne de me construire. C’est bien ma chair qui me conduit. C’est avec elle que je comprends vraiment, que je m’oriente vraiment. Elle me conduit vers Celui qui lui donne la Parole.

Ce sont des voix qui restent en dernier, tout comme c'est la voix souvent qui, comme un parfum, précède et annonce l'entrée physique de quelqu'un dans votre vie. [Jean-Jacques Schuhl] Extrait d'Ingrid Caven

Jean nous ramène à l’expérience fondamentale de l’humanisation. Faire silence, considérer la nature et entendre cette parole divine qui me crée, me sortent de mes liens qui m’empêchent...

Je me suis rendu compte que j'avais de moins en moins de choses à dire, jusqu'au moment où, finalement, je me suis tu. Dans le silence, j'ai découvert la voix de Dieu. [Sören Kierkegaard]

Je rentre dans une nouvelle temporalité, celle où je m’émerveille de la lumière du soleil dans le jardin, où les arbres de plus en plus dénudés et qui portent encore les fruits oranges m’enchantent, les odeurs, les lumières, les sons sont comme des promesses. J’entends cette voix qui ne cesse de bénir et d’attendre mon babil où que je sois, quoique je fasse. La voix du Père.

Seul l'éphémère dure. [Eugène Ionesco]

 

Il nous marque pour toujours... J’avance vers la rencontre de Celui qui vient... Celui qui parlera à tout mon être, aussi bien le primitif que le cultivé, aussi bien le bon que le méchant, aussi bien le pauvre que le riche...

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