Saint François de Sales : la seule présence qui compte

Publié le par Jardinier de Dieu

24 janvier - Fête de Saint François de Sales

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Il existe des esprits actifs, fertiles et foisonnants en considération. Il y en a qui sont souples, repliés sur eux-mêmes, et qui aiment grandement à sentir ce qu’ils font, qui veulent tout voir et éplucher ce qui se passe en eux, retournant perpétuellement leur vue sur eux-mêmes pour reconnaître leur avancement. Il y en a encore d’autres qui ne se contentent pas d’être contents, s’ils ne sentent, regardent et savourent leur contentement ; et sont semblables à ceux qui étant bien vêtus contre le froid, ne penseraient pas l’être, s’ils ne savaient combien de vêtements ils portent ; ou qui voyant leurs coffres pleins d’argent, ne penseraient pas être riches, s’ils ne savaient le compte de leurs écus.

Or, tous ces esprits sont ordinairement sujets à être troublés en la sainte oraison. Car si Dieu leur donne le repos sacré de sa présence, ils le quittent volontairement pour voir comme ils s’y comportent, et pour examiner s’ils y ont bien du contentement, s’inquiétant de savoir si leur tranquillité est bien tranquille et leur quiétude bien calme, si bien que, au lieu d’occuper doucement leur volonté à sentir les douceurs de la présence divine, ils emploient leur intelligence à discourir sur les sentiments qu’ils ont, comme une épouse qui s’amuserait à regarder la bague avec laquelle elle aurait été épousée, sans voir l’époux même qui la lui aurait donnée.

Il y a bien de la différence, cher Théotime, entre s’occuper en Dieu qui nous donne du contentement, et s’amuser au contentement que Dieu nous donne.

L’âme donc à qui Dieu donne la sainte quiétude amoureuse en l’oraison, doit s’abstenir, autant qu’elle peut, de se regarder soi-même, si son repos, qui, pour être gardé, ne doit pas être regardé avec curiosité car qui l’affectionne trop, le perd ; et la juste règle pour bien l’affectionner, c’est de ne pas l’affecter. Et comme l’enfant qui, pour voir où il a ses pieds, a ôté sa tête du sein de sa mère, y retourne tout incontinent, parce qu’il est fort mignon ; ainsi faut-il que si nous nous apercevons d’être distraits par la curiosité de savoir ce que nous faisons en l’oraison, soudain nous remettions notre coeur en la douce et paisible attention de la présence de Dieu, de laquelle nous étions divertis.

Saint François de Sales (1567-1622) , Docteur de l’Église,  Traité de l’Amour de Dieu, 6,10

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