Saint Thomas More (1477-1535)

Publié le par Jardinier de Dieu

STMore.jpgThomas more, marié et père de famille, écrivain de renom, chancelier d'Angleterre, fut condamnés à mort par Henry VIII pour avoir refusé de ratifier son divorce et de reconnaître la suprématie du roi sur l'Eglise d'Angleterre.

ENTRETIENS DE PRISON DE SAINT THOMAS MORE AVEC SA FILLE MARGARET

Je sais, ma chère Margaret, toute l'indignité de ma vie passée : elle m'a bien mérité que Dieu me laisse trébucher. Cependant je ne puis que faire confiance à sa bonté miséricordieuse. En effet sa grâce m'a fortifié jusqu'ici c'est elle qui m'a donné le courage d'abandonner mes biens, mes propriétés et jusqu'à ma vie, plutôt que de jurer contre ma conscience. C'est elle aussi qui a suggéré au Roi de me traiter avec clémence, puisque jusqu'à ce jour il ne m'a pris que nia liberté. Par là, grâce à Dieu, sa Majesté m'a procuré un plus grand bien: le progrès spirituel que je suis sûr de trouver ici. Cela vaut mieux que tous les honneurs et les richesses dont il m'avait comblé auparavant. Je ne peux donc manquer de confiance en la grâce de Dieu: ou bien elle retiendra le coeur du roi pour qu'il ne me traite pas plus sévèrement ou bien elle me donnera toujours les forces nécessaires pour supporter n'importe quelles épreuves, patiemment, courageusement et même joyeusement.
Ma patience, unie aux mérites de la cruelle passion du Christ, (qui certes surpasse de mille lieues en mérites et en qualité tout ce que je puis avoir à souffrir). Ma patience atténuera les châtiments qui me sont dus au purgatoire et. par la générosité de la bonté divine, elle me vaudra même un petit surplus de récompense au ciel.
Ma chère Meg. je ne veux pas manquer de confiance en Dieu pourtant je sens que la peur pourrait bien me submerger. Je me rappellerai que saint Pierre, à cause de son peu de foi, commençait à s'enfoncer sous un coup de vent, et je ferai comme lui : j'en appellerai au Christ et lui demanderai son secours. Ainsi j'espère qu'il me tendra la main, me saisira et ne me laissera pas m'enfoncer.
Et s'il permet que je joue le rôle de Pierre dans sa conduite ultérieure, que je tombe tout à fait, en jurant et en abjurant (mais que notre Seigneur, par sa miséricordieuse Passion, m' en préserve, et qu'une telle chute me nuise plutôt que de me rapporter aucun bénéfice), s'il permet que je tombe, j'espère pourtant qu'il jettera sur moi, comme sur Pierre, un regard plein de miséricorde, et qu'il me relèvera pour que je confesse de nouveau la vérité et que je libère ma conscience j'espère aussi qu'il me fera supporter courageusement le châtiment et la honte d'un tel reniement.
Bref, ma chère Margot, je suis absolument certain que, sauf péché de ma part, Dieu ne m'abandonnera pas. En toute espérance et sécurité, je vais donc me confier totalement à lui. S'il me laisse périr à cause de mes fautes, je servirai au moins à glorifier sa justice. J'espère pourtant que sa tendre pitié gardera ma pauvre âme saine et sauve et fera que l'on verra en moi resplendir sa miséricorde plutôt que sa justice.
Donc, ma chère fille, garde un bon moral, ne te laisse troubler par rien de ce qui peut m'arriver en ce monde. Rien ne peut arriver sans que Dieu le veuille. Et tout ce qu' il veut, si mauvais que cela nous paraisse, est vraiment meilleur.

La liturgie des heures, 1980, aelf, paris, p.p. 1110-1111.
photo http://www.archden.org/repository//Image/DCR/2010/Sept29_2010/STMore.jpg

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