Seul à seul avec Dieu

Publié le par Jardinier de Dieu

Dans l'Evangile de ce dimanche (Mc 9, 2) :  Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Aujourd'hui, pendant ce temps de carême, pouvons-nous prendre un petit moment pour être seul à seul avec Dieu ? Cette solitude-là est très nécessaire pour la vie chrétienne. Nous vous proposons un extrait d'une Conférence donnée à Orléans par Stéphane CHAMPIE, professeur de philosophie, marié, père de famille. (dans Partage, avril 2011)

prier-en-silence.pngSeul à seul avec Dieu. La nécessité de la solitude
La solitude peut ne pas être le désert de la relation, mais le désert où la rencontre de Dieu est possible, désert qui symbolise alors la purification de notre désir, dans lequel il ne reste que Dieu et moi.
Nombre de textes, depuis les Pères de l’Eglise, parlent de cette solitude nécessaire à la rencontre de Dieu. Leur fondement se trouve en partie dans la Révélation faite à Moïse au Sinaï, mais aussi parce que la solitude est indispensable à la vie spirituelle. Parmi de multiples exemples, celui de saint Grégoire de Nysse, (331-335 ; 395) dans son Commentaire sur les Psaumes : « Moïse s’exila quarante années de la société des hommes et vivant seul avec lui seul, il appliqua son regard, sans se laisser troubler dans la tranquillité à la contemplation des choses invisibles (6 )»
La solitude nous est nécessaire pour entendre ce que peut nous dire le silence, car en lui la parole de Dieu à notre égard peut se faire entendre, le colloque spirituel peut avoir lieu... Si cette parole n’est pas trop dure à entendre, la prise de conscience de notre néant, du peu ou du rien que nous sommes, est indispensable à la vie spirituelle.
Une voie se dessine donc, qui ne supprime pas le besoin de chacun d’être relié aux autres dans une présence attentive, tendre, valorisante. Celle qui rend possible une habitation de notre solitude, pour y faire entrer Dieu, ou pour découvrir le lieu où il se cache. Notre solitude n’est pas une punition, la conséquence de notre peu de valeur ou de nos erreurs, de nos fautes, mais une épreuve à laquelle chacun peut donner sens.
Je veux signifier par là qu’il ne s’agit pas d’être sorti de sa solitude, définitivement, pour la transformer.
Nombre d’entre nous, ce soir, retournerons à leur isolement. Mais la présence de chacun, la tentative, l’Espérance qui se dessine sont autant de points d’appui qu’il nous faut prendre...

Paradoxe : saint Ignace de Loyola et la promotion de la solitude
Cf vingtième annotation sur les Exercices spirituels : parlant du profit que l’on retirera des exercices spirituels, il note : «En général, il en profitera d’autant plus que, prenant les moyens appropriés, il se séparera davantage de tous ses amis et connaissances et de toute préoccupation terrestre ; par exemple en quittant la maison où il demeurait et en prenant une autre maison ou une autre chambre pour y habiter le plus discrètement possible, de manière qu'il soit libre d'aller chaque jour à la messe ou aux vêpres, sans avoir à craindre que ses connaissances ne lui créent d'obstacles.
De cette séparation découlent trois avantages principaux, parmi beaucoup d'autres.
1- Le premier est que celui qui se sépare de beaucoup d'amis et de connaissances ainsi que de beaucoup d'affaires qui ne sont pas bien ordonnées pour servir et louer Dieu notre Seigneur, n'acquiert pas peu de mérites devant sa divine Majesté.

2- Le deuxième : en étant ainsi séparé, il n'a pas l'esprit partagé entre beaucoup de choses, mais il porte toute son attention sur une seule, le service de son Créateur et le profit de son âme ; il use alors plus librement de ses facultés naturelles pour chercher avec soin ce qu'il désire tant.    

3- Le troisième : plus notre âme se trouve seule et séparée, plus elle se rend apte à s'approcher de son Créateur et Seigneur et de s'unir à lui ; et plus elle s'unit ainsi à lui, plus elle se dispose à recevoir des grâces et des dons de sa divine et souveraine bonté(7 )». 

De même, saint François de Sales, dans son Introduction  à la vie dévote, cherchera t-il cette promotion d'une solitude choisie et non subie. Rappelons que cet ouvrage se destine à une femme qui a décidé de ne pas entrer dans les ordres religieux, mais aspire à une sainteté chrétienne dans l'état de vie qui est déjà le sien : DE LA RETRAITE SPIRITUELLE « Ressouvenez-vous donc, Philothée, de faire toujours plusieurs retraites en la solitude de votre coeur, pendant que corporellement vous êtes parmi les conversations et affaires ; et cette solitude mentale ne peut nullement être empêchée par la multitude de ceux qui vous sont autour, car ils ne sont pas autour de votre coeur, comme autour de votre coeur, si bien que votre coeur demeure lui tout seul en la présence de Dieu seul (8)».

Seul à seul avec Dieu ; afin que notre solitude devienne lieu, espace de rencontre et de relation...
La solitude extérieure devient alors le moyen de faire progressivement le silence à l'intérieur de soi, pour se rendre soi-même attentif au silence, à la parole dont les signes pourront peu à peu se manifester : traces de Dieu dans l'amour des autres, ces signes presque invisibles à notre égard, présence de Dieu à création dans la nature, Parole de Dieu qui vient à notre rencontre dans la Bible et la liturgie, pour culminer dans l'eucharistie...

Stéphane CHAMPIE

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(6) Cité par Jean Daniélou, Platonisme et théologie mystique, essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse (1944), Aubier, page 40. La même page décrit cette solitude en des termes qui nous semblent précieux : « Ajoutons encore deux passages qui confirmeront et complèteront ceux que nous avons cités. Ils sont empruntés aux biographies de Basile et de Grégoire le Thaumaturge. Grégoire nous dit du premier qu' « il vécut, comme Moïse, retiré avec lui-même ayant quitté, lui aussi, les agitations des villes et les bruits de la terre pour s'appliquer aux choses de Dieu dans les lieux retirés » (Patrologie grecque, XLIV,810, B). Plus longuement, Grégoire compare Grégoire le Thaumaturge au même Moïse : « L'un et l'autre sortirent de la vie agitée et bruyante et se retirèrent avec eux-mêmes pendant le même temps... Leur but à l'un et à l'autre, dans cette séparation était de contempler les divins mystères avec l'oeil pur de l'âme » (XLIV, 908 D). »
(7) Ignace de Loyola, Exercices spirituels, DDB, pp. 39-39
(8) Saint François de Sales, OEuvres, Pléiade p. 97

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