Tendre la joue

Publié le par jardinier de Dieu

 

non-violence.gifGérard : parlons-en de la claque, elle a un passé chargé ! Depuis que Jésus a dit qu'il fallait tendre l'autre joue, cela fait la risée de tout le monde ; d'ailleurs, lorsque cela lui est arrivé - au moment du Procès - il n'a pas tendu l'autre joue non plus, que je sache !

Jean : C'est vrai, il ne s'est pas laissé faire. Il a agressé son bourreau : "Pourquoi me frappes-tu ?" S'il avait été comme moi, il se serait tu ; parce que parler, c'est risquer une nouvelle gifle ou pire. Et s'il lui avait craché  au visage, que serait-il arrivé ? C'est quand même curieux : il n'y  a pas eu de seconde gifle. Tendre la joue, c'est le plus fort qui en est capable. C'est arrêter le massacre. C'est plus : c'est refuser à l'autre le titre de brute. J'étais prisonnier en Allemagne pendant la dernière guerre. Nous avions comme gardien un type qui revenait du front russe, et qui piquait des crises de folie furieuse. Au cours de ces crises il se déchaînait et frappait les prisonniers. L'un d'eux a eu le courage d'aller le voir, de lui dire : " je suis volontaire. Si tu as besoin de maltraiter quelqu'un, frappe-moi." Le tortionnaire n'en croyait pas ses oreilles :"combien veux-tu de coups ? - Je laisse à ta conscience", lui répond le prisonnier. C'était le bouquet, la chose à ne pas dire. La conscience -"je suis une brute, je suis un instrument, je ne suis pas une conscience - je n'ai pas le droit d'avoir une conscience." Il a mis du temps pour s'apercevoir du contraire, mais la schlague c'était terminé.

Et puis quand quelqu'un te donne une claque, tu la rends tout de suite ? Non. tu commences par regarder la carrure de celui qui vient de te donner la claque, tu juges son poids et ensuite seulement tu réagis.

Le réflexe premier, naturellement, c'est de démolir l'agresseur, de le tuer ; ça ne se raisonne pas, c'est instinctif. Le jugement, lui, est déjà un début d'humanisation : tendre l'autre joue ou son équivalent, c'est vraiment un geste d'homme libre, donc un geste typiquement non violent…

 

 

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Gérard HOUVER, 1981.
Jean et Hildegrade GOSS : la non-violence, c'est la vie "témoins spirituels d'aujourd'hui".
Cerf, Paris, p.p.6-7

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