He 9, 11-15 Un instant qui dure, un corps qui donne passage

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

2ème lecture de la messe du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité (B)

Un instant qui dure, un instant qui nous transporte, un corps qui donne passage, une attente au cœur de l’humanité depuis longtemps dans ses mythes et encore aujourd’hui... bien des films actuels, avec les effets spéciaux, reprennent ce thème où le héros passe par un miroir et se retrouve ailleurs... Expression de notre aspiration à devenir... Attrait d’un inconnu plein de promesses... Aspiration à la transformation, au devenir...  

La foi chrétienne n’a pas peur de reprendre des schémas culturels anciens profonds pour dire le mystère de notre foi : la Mort et la Résurrection du Seigneur conduisent à l’accomplissement de l’humanité, à sa profonde transformation... Ce mystère nous fait entrer dans une nouvelle dimension, il est un nouveau passage, un passage que le Seigneur a obtenu par son sacrifice, par l’offrande de sa liberté. C’est ce don qu’il fait de lui-même qui donne passage, qui nous rend capable à notre tour de traverser, de devenir, de connaître une libération définitive...  

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Le mythe d’Orphée selon Jean Cocteau dans Le mythe d’Orphée et sa modernisation

http://modernisationmytheorphee.wordpress.com/modernisation-du-mythe-2/modernisation-du-mythe/

 

La lettre aux Hébreux présente notre foi dans une approche symbolique. Nous passons en Le recevant, nous passons en étant en Lui incorporés... Multiples sont les manières de parler de ce passage, qui ne nous fait pas quitter notre existence mais nous donne de nous situer autrement... dans la vie même.

Nous avons, en fait, à croire et même à découvrir, expérimenter le mystère de nos libertés en Christ. Comme le dit Georges Bernanos à la fin de son existence, « Il ne s'agit pas de conformer notre volonté à la Sienne, car Sa volonté c'est la nôtre, et lorsque nous nous révoltons contre Elle, ce n'est qu'au prix d'un arrachement de tout l'être intérieur, d'une monstrueuse dispersion de nous-mêmes. Notre volonté est unie à la Sienne depuis le commencement du monde. » Georges Bernanos, Dernier agenda (Tunisie, 1948), dans Albert Béguin, Bernanos par lui-même, Seuil, 1954, pp. 146-147.  

Nous sommes ramenés à l’humble vie quotidienne, à la lente transformation de notre être que la Suite du Christ produit en nous, à partir du foyer de sa présence sacramentelle... Disons notre « amen »au temps quotidien...  

Sachons que dans cette épaisseur quotidienne se trouve le lieu du passage, de la transformation, si avec Lui nous la vivons...  

Père Jean-Luc Fabre

 Lettre aux Hébreux 9,11-15.

 Le Christ, lui, est le grand prêtre du bonheur qui vient. La tente de son corps est plus grande et plus parfaite que celle de l'ancienne Alliance ; elle n'a pas été construite par l'homme, et n'appartient donc pas à ce monde. C'est par elle qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang des animaux, mais son propre sang : il a obtenu ainsi une libération définitive. S'il est vrai qu'une simple aspersion avec du sang d'animal, ou avec de l'eau sacrée, rendait à ceux qui s'étaient souillés une pureté extérieure pour qu'ils puissent célébrer le culte, le sang du Christ, lui, fait bien davantage : poussé par l'Esprit éternel, Jésus s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant. Voilà pourquoi il est le médiateur d'une Alliance nouvelle, d'un Testament nouveau : puisqu'il est mort pour le rachat des fautes commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l'héritage éternel déjà promis.