Un témoignage d'évangile à travers une longue vie simple et modeste

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Celle d'une vocation religieuse

Luc 12, 35-38.40 Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S'il revient vers minuit ou plus tard encore et qu'il les trouve ainsi, heureux sont-ils !

Vous aussi, tenez-vous prêts : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.

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Denise nous a quittés après avoir eu une longue vie (92ans), modeste mais surprenante… Une vie qui nous instruit aussi sur nos chemins de vie… Voici l’Evangile qui a été choisi par ses consœurs (de la congrégation de St Joseph). Elles ont eu le sentiment que beaucoup de ce qu’a vécu Denise s’y trouvait exprimé. J’en extraits deux versets. Un pour elle, un pour nous…

 

Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées

C’est bien ainsi que Denise a vécu son existence. Qui d’entre nous ne se souvient de son attention à ce qui advenait aussi bien les informations du monde entier que du Gers auquel elle restait très attachée, mais comptaient aussi pour elle les événements familiaux, les événements amicaux avec, notamment, ses souhaits d’anniversaire qui venaient à l’heure et disaient le vœu approprié. Denise s’est tenue au courant jusqu’à la fin de sa vie, des choses, des êtres, elle était attentive à tous et à chacun, gardait son esprit en éveil… Nous nous sentions ainsi tendrement suivis, accompagnés. Denise lorsqu’elle parlait de son travail à Auch ou dans le Gers plus largement manifestait aussi combien elle remplissait son office avec soin.

 

En Denise, il y avait un moteur qui lui donnait d’être au service de ses frères qu’ils soient évêque ou simple personne, elle le vivait avec le même soin, la même bienveillance, dans le même calme, la même disponibilité… Alors nous pouvons bien comprendre que Denise est restée, de fait, en tenue de service. Mais cette attitude de service ne va pas sans avoir aussi gardé sa lampe allumée. Plusieurs personnes m’ont dit combien le jour où elle a reçu le sacrement des malades et le jour de Pâques elle a manifesté une profonde joie, une profonde paix. Signe de la relation profonde qu’elle vivait avec son Seigneur.

 

Ce qui se manifestait ainsi pleinement à la fin de ces jours, est, n’en doutons-pas, ce qui l’a entrainé à entrer au noviciat des Sœurs de Saint Joseph, très jeune. La fin de sa vie, comme toute son existence, manifeste la liberté de ses premiers pas en religion. Et je trouve profondément faux, lorsque les gens disent « à l’époque il y avait une contrainte, une pression sociale, les vocations n’étaient pas de vraies vocations »… Non, la manière dont Denise a vécu son existence, manifeste que très tôt dans sa vie, la lampe de son être a été allumée et qu’elle n’a cessé de marcher vers Celui qui l’avait allumé. En tous les temps, dans des situations sociales très diverses, de vrais appels poussent des êtres à se mettre à croire pleinement aux signes que le Seigneur Ressuscité leur adresse. Ceci a été vrai, ceci est vrai, ceci sera vrai… Ils vont librement, de plus en plus librement vers Celui qui les appelle.

 

Je pense que la vie de Denise nous enseigne encore une chose précieuse. C’est que les signes, que nous recevons souvent sous la forme de moments intenses de joies, sont des signes du Christ Ressuscité qui nous appelle de notre avenir, de l’avenir de l’humanité. C’est Lui qui appelle ceux qui deviennent chrétiens, ceux qui de manières variées font de leur vie une réponse, aujourd’hui encore… Le Seigneur Ressuscité nous appelle toujours de notre avenir et nous donne, au-delà, de ce que nous faisons, réalisons dans notre vie, d’aller vers Lui. Il nous précède, il précède tout ce que nous pouvons faire. Il ne reste pas derrière nous, il nous précède depuis toujours, il est au-devant de nous toujours. Et ceci est d’une grande importance. Notre vie est action mais elle est aussi passivité, contemplation, attente de Celui qui se manifeste à travers des signes…

 

Un jour dans chacune de nos vies, nous sentons que nous ne pouvons plus faire, que les forces nous quittent, mais notre esprit même diminué lui aussi peut rester en éveil, être dans l’attente. Nous réalisons que cela seul compte, que l’action n’a de sens que si elle est signe de l’amour. C’est cela je pense que veut dire « garder sa lampe allumée ». Notre existence plus qu’action est, en son fond, contemplation, attente, transformation de l’être, ouverture à l’amour, recherche de l’amour, service de l’amour sans plus…

 

Il est heureux que Denise soit morte durant le temps pascal, dans un temps où la Nature commence à se parer de cette beauté printanière. L’attente de la promesse se fait sous un mode enjoué, heureux… Cela nous encourage chacun de nous à croire d’une manière renouvelée.

 

Vous aussi, tenez-vous prêts Voilà le verset pour nous. Aucune vie ne se vit pour elle-même, mystérieusement toutes les vies humaines sont reliées entre elles et bien sûr avec Celle du Seigneur qui s’est fait complètement l’un d’entre nous. Ce que vit l’un facilite ou rend plus difficile ce que vit l’autre. Il existe dans l’humanité une grande solidarité qui cherche à se manifester, à s’incarner. C’est l’énergie véritable qui fait avancer le monde, énergie souvent dévoyée mais énergie sans cesse renaissante pour le bien, la fraternité. Oui, nous sommes tous appelé à être rassemblés dans une fraternité universelle avec et par le Christ Ressuscité.

 

Dès lors si ce que vit l’un d’entre nous, nous touche, nous avons à nous mettre en mouvement, lui laisser produire son fruit en nous, à être solidaire. Alors si la vie de Denise vous touche, cela veut dire que vous êtes appelés, que vous aussi vous avez à vous tenir prêts dans votre vie, à tourner votre vie vers Celui qui vous appelle. N’ayez pas peur, revenez au Seigneur de tout votre coeur, vous en connaissez le chemin. Il s’agit de Lui parler, de passer du temps avec Lui comme ce vieux paysan du village d’Ars qui disait au curé qui le voyait rester souvent dans l’Eglise « Monsieur le Curé je L’avise et Il m’avise » en parlant du Seigneur. Nous pouvons aussi sceller ces retrouvailles en recevant le sacrement du pardon. Oui n’ayons pas peur de nous tourner chacun de nous vers le Seigneur, il attend chacun de nous.

père Jean-Luc Fabre

Publié dans actualité et vie : JL