« Le mal, c’est ce qui est et ne devrait pas être, mais dont nous ne pouvons pas dire pourquoi cela est » (« Le scandale du mal », Esprit, n°140-141, 1988, p. 62).
D’où le « défi » qu’il constitue pour la philosophie comme pour la théologie (M, 13). Ce défi sera d’autant plus redoutable qu’il aura pour origine non le mal commis dans la faute mais le mal subi dans la souffrance. Car l’un n’explique pas l’autre ; et la pensée du mal reste partagée ainsi entre la figure de l’homme coupable et celle de l’homme victime – « victime d’un mystère d’iniquité qui le rend digne de pitié autant que de colère » (SM, 477). Il existe, en effet, une souffrance « irréductible » (M, 44) et « injustifiable » (L2, 250-251). Elle consiste dans une « diminution de notre puissance d’exister » (« La souffrance n’est pas la douleur », Autrement, n°142, 1994, p. 59-60). Il s’agit moins, alors, de penser que d’agir : le mal n’est pas ce sur quoi l’on glose ; « c’est ce contre quoi on lutte » (« Le scandale du mal », op. cit., p. 60). Encore la lutte éthique et politique contre le mal rencontre-t-elle à son tour sa limite. Seuls demeurent alors la « timide espérance » et les prolongements qu’elle trouve dans des « expériences solitaires de sagesse » inspirées par les différentes religions du monde.
À partir de Paul Ricoeur
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