Chemin de Compostelle et les bruits de la nuit

Publié le par Geneviève R.

Cette année, le Jardinier de Dieu est très heureux de vous inviter à suivre les pas d’une pèlerine (paroissienne de Colomiers) sur les chemins de St-Jacques de Compostelle.

Une fois par semaine durant les mois de Juillet et d’Août un article sera publié sur notre site.

A travers le récit de ce pèlerinage vécu, nous découvrirons un peu de la nature  mais surtout le changement profond du cœur et de l’âme du marcheur. Merci de tout cœur à Geneviève pour ces belles lectures et ces photos qui nous aident à contempler la Création et à louer le Créateur.

Nous vous invitons aussi à découvrir les communautés religieuses sur cette route de quête (Chemin de Compostelle) durant l'été, en écoutant l'émission de la radio Présence - du lundi au vendredi à 7h55, 8h55 et 11h45

***

Marcher en pleine nature, tout le jour, c'est goûter à une forme d'indépendance. Cependant toute pièce a son revers et la nuit venue nous fait goûter à l'interdépendance.

Certains l'annoncent le soir quand les conversations se font plus assoupies, au moment du dessert, le ventre bien repu.

« On me dit que je ronfle », silence gêné, un autre murmure dans une excuse, désarmé, « Moi aussi ». Pour d'autres c'est le compagnon ou la compagne qui annoncent « Et toi aussi tu peux le dire que tu ronfles ! ». Et puis il y a les autres qui n'osent pas et qui restent dans un silence plein de honte, d'autres ne le savent pas encore ou ne veulent pas le croire.
La soirée avançant chacun rejoint le dortoir, c'est le moment du grand saut dans un « sommeil réparateur »!? Celle-ci s'arme de ses écouteurs, celui-ci met des boules Quies.
L'obscurité s'est installée et la vie de la nuit se met en scène.

Le premier acte démarre très vite sous les faisceaux lumineux des lampes des quelques retardataires. Une douce musique de respiration profonde et régulière accompagne les premiers endormis, interrompue parfois des soubresauts de voix gutturale, par surprise.
C'est l'ouverture d'un bal secret où viennent les rejoindre les autres compagnons de la ronfle, ce peut être une cavalcade effrénée qui traverse les rangées de lits ou le son d'un lion qui mugit entre deux glapissements, rythmes scandés, ou sons doucereux et réguliers, chacun y va de son expression.
De temps en temps quand les chevaux se cabrent, c'est un claquement de mains qui vient calmer la bête, réveillant du même coup la plupart des autres dormeurs.
Les plus agacés se retournent bruyamment dans leur couche, faisant trembler par là même, l'ensemble de la colonne de lit.
Au petit matin, s'attarde le son d'une petite locomotive qui prend le départ dans le dortoir, avec des « arrêts en gare » accompagnés de pchiiih, pchiih !

A l'heure du petit déjeuner ce sont des yeux cernés, paupières flasques et mentons baissés, qui se retrouvent dans un silence courtois ou dans un mutisme renfrogné.
C'est l'heure de repartir sur le Camino, repousser les forces de la nuit pour retrouver le grand air et les larges horizons, d'autres hostilités et les belles surprises du dehors.

Geneviève R.
La journée du pèlerin - Partie 1
La journée du pèlerin - Partie 2
La journée du pèlerin - Partie 3

(dimanche du 28 juin 2015(dimanche 21 juin 2015)