Vendredi - Dévotion au Sacré-coeur - Apostolat de la prière

Publié le par Jardinier de Dieu

[…] La dévotion au Sacré-Cœur me fut présentée au noviciat des jésuites, dans les années Quarante du siècle dernier. Ceci m’amenait à réfléchir sur la manière dont on pouvait vivre cette dévotion et en même temps se laisser inspirer, dans sa propre vie spirituelle, par la richesse et la merveilleuse variété de la Parole de Dieu contenue dans les Saintes Écritures.

Cette question se posait avec d’autant plus d’insistance que j’avais rencontré cette dévotion sur mon propre chemin chrétien, dès mon enfance. C’est ma mère qui me l’a inculquée avec la pratique du Premier vendredi du mois. Ce jour-là, maman nous réveillait tôt pour aller à la messe dans l’église paroissiale et communier. Il avait été promis que celui qui se serait confessé et aurait communié neuf premiers vendredis du mois de suite (il n’était pas permis d’en sauter un seul!) pouvait être certain d’obtenir la grâce de la persévérance finale. Cette promesse était très importante pour ma mère. Je me souviens que pour nous, les enfants, il y avait une autre raison pour se rendre si tôt à la messe: nous prenions notre petit déjeuner dans un bar avec une bonne brioche.

Une fois qu’on avait communié neuf vendredis de suite, il n’était pas inutile de répéter la série pour être sûr d’obtenir la grâce désirée, et on prit même l’habitude de dédier ce jour au Sacré-Cœur de Jésus, une habitude mensuelle qui devint ensuite hebdomadaire : chaque vendredi de l’année était dédié de quelque manière au Sacré-Cœur du Christ.[…]

Le culte du Cœur de Jésus a donc grandi en moi avec le temps. Peut-être s’est-il un peu affaibli en ce qui concerne son symbole spécifique, à savoir le cœur de Jésus. Il est devenu, pour moi et pour beaucoup d’autres dans l’Église, une dévotion tournée vers l’intimité de la personne de Jésus, vers Sa conscience profonde, Son choix de total dévouement envers nous et envers Son Père. En ce sens, le cœur est considéré dans la Bible comme le centre de la personne et le lieu de ses décisions. C’est ainsi que je vois à quel point cette dévotion nous aide, encore aujourd’hui, à contempler ce qui est essentiel dans la vie chrétienne, à savoir la charité.[…]

Le grand mérite de cette dévotion a donc été d’avoir attiré l’attention sur le caractère central de l’amour de Dieu comme clé de l’histoire du salut. Mais pour saisir cet aspect, il était nécessaire d’apprendre à lire les Écritures, à les interpréter de manière unitaire comme une révélation de l’amour de Dieu envers l’humanité.[…]

La dévotion au Sacré-Cœur nous rappelle aussi que Jésus s’est donné lui-même “avec tout son cœur”, c’est-à-dire volontiers et avec enthousiasme. Il nous est donc dit qu’il faut faire le bien avec joie, parce qu’«il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (Ac 20, 35) et que «Dieu aime celui qui donne avec joie» (2 Co 9, 7). Néanmoins, ceci ne dérive pas d’un simple dessein humain, mais c’est une grâce que le Christ Lui-même nous fait obtenir, c’est un don de l’Esprit-Saint qui rend toute chose facile et qui nous soutient dans notre chemin quotidien, y compris dans les épreuves et les difficultés.

Je voudrais enfin mentionner ce qu’on appelle apostolat de la prière, promu par des pères jésuites au XIXe siècle en lien étroit avec la dévotion au Sacré-Cœur. À mon avis, avec l’offrande quotidienne de la journée en union avec l’offrande eucharistique que Jésus fait de Lui-même, l’apostolat de la prière met à la disposition de tous les fidèles un instrument très simple pour mettre en pratique ce que dit saint Paul au début de la deuxième partie de sa Lettre aux Romains, en donnant une synthèse pratique de la vie chrétienne: «Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre» (Rm 12, 1).
Beaucoup de gens simples peuvent trouver une aide pour vivre le christianisme de manière authentique dans l’apostolat de la prière, qui nous rappelle aussi l’importance de la vie intérieure et de la prière[…]

Une méditation du Carlo Maria Martini.

Publié dans Coeur de Jésus