Dimanche de Pentecôte

Publié le par Père Roland Cazalis

Act 2,1-11 ; Ps 104(103),1ab.24ac.29bc-30.31.34. ; 1Cor 12,3b-7.12-13. ; Jn 20,19-23.
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Pentecôte est un événement inouï. Cet événement fait partie de l’avancement de la création ou de l’avancement du monde pour utiliser un vocabulaire plus commun.
Est venu le temps de l’Esprit identifié comme tel.
On connaît le Christ, maintenant on connaît l’Esprit.
 
Dans l’Ancien Testament, on connaissait l’expression ruah 'adonai ou ruah 'elohim, l’esprit de Dieu ou le souffle de Dieu,  capable de prendre possession d’un homme.
Mais tant que nous ne connaissions pas l’existence du Verbe de Dieu, celui que nous connaissons comme étant le Christ, nous ne pouvions pas non plus connaître vraiment « qui est l’Esprit ».
On sent bien que même l’expression « qui est l’Esprit » n’est pas la plus appropriée tant l’Esprit est différent du Christ.
Quoi qu’il en soit, le jour de Pentecôte, le don de l’Esprit est manifesté par une langue de feu qui se divise et se pose sur chacun des membres de l’assemblée.
C’est le même Esprit, et chacun en reçoit selon sa vocation.
Il fallait que l’image soit visuelle pour indiquer le point de départ du temps de l’Esprit, puisque personne, en dehors du Christ, personne ne savait ce que signifiait « recevoir l’Esprit du Christ ». C’est la formule utilisée.
Maintenant, nous savons ce que signifie recevoir l’Esprit, donc, plus besoin d’indication visuelle.
 
Dans le texte des Actes, ceux qui reçoivent l’Esprit se mettent à parler et chaque auditeur les entend dans sa langue maternelle. Ce trait est important.
Une image pour suggérer la portée de l’événement.
Si vous êtes un Belge et que vous faites votre premier voyage touristique au Japon. Vous ne causez pas le japonais, et vous tombez inopinément amoureux d’une jeune Japonaise qui passait par là au bon moment et au bon endroit.
Elle va se voir dans votre regard, et elle comprendra. Pas besoin d’explication. L’amour, tout le monde comprend cela, tout le monde sait décoder cela, et sur toute la planète. Eh bien, l’Esprit a cette même universalité.
Nous sommes tous perméables à l’Esprit, et nous le comprenons directement, dans notre langue maternelle.
D’ailleurs, l’amour, c’est aussi un don d’Esprit, le même. C’est cette lumière dans nos cœurs. Tout le monde connaît cela. Mais ce n’est pas notre propriété. On ne peut pas en faire n’importe quoi, sinon il s’en va.
 
Dans le texte aux Corinthiens, il est dit : « personne n’est capable de confesser « Jésus est Seigneur », sinon dans l’Esprit Saint ».
Paul dit explicitement donc : « personne n’est capable de confesser cela sans l’Esprit ».
C’est comme s’il disait: « personne n’est capable d’aimer sans amour ».
Aimer sans amour, cela n’a pas de sens.
Confesser que Jésus est Christ sans l’Esprit, cela non plus n’a de sens.
C’est l’amour qui fait aimer. C’est donc l’Esprit qui fait confesser que Christ est Seigneur.
Donc, cela ne va pas de soi. On comprend le rôle de l’Esprit.
 
Le catéchisme et les dogmes sont impuissants à nous faire confesser quoi que ce soit de Dieu.
Dire des formules, ce n’est pas encore une confession, mais du texte. Seul l’Esprit nous donne la possibilité de parler de Dieu en notre nom propre.
 
Dans le même paradigme, Jésus dit, en soufflant sur les apôtres :
« Recevez l’Esprit saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ».
On pourrait se dire, quel pouvoir !
De pardonner les péchés, ou de ne pas les pardonner, oui, quel pouvoir !
Pour comprendre cela, nous ne savons pas pardonner à nous-mêmes des choses que nous ne savons pas regarder en face. Nous sommes des êtres humains, donc nous avons besoin de médiation.
D’autre part, nous ne savons pas pardonner aux autres certaines fautes, car tout simplement nous n’en avons pas la puissance. Certaines fautes nous dépassent. Elles sont opaques, obscures, incompréhensibles. L’humanité est affrontée à ce problème depuis la nuit des temps. D’où le pardon que l’Esprit rend possible.
Donc, remettre les péchés n’est pas un pouvoir arbitraire. Ce n’est pas le pouvoir de Mr le curé, suivant qu’il serait bien ou mal luné.
 
Il est dit : « recevez l’Esprit ». C’est l’Esprit qui enlève le péché par sa puissance. Celui qui croit enlever le péché sans la puissance de l’Esprit est comme celui qui croirait pouvoir aimer sans amour. Il est dans les fantasmagories...
Ainsi, bien que nous soyons tous perméables à l’Esprit, si néanmoins nous décidons de tourner le dos à l’Esprit, alors qu’en même temps nous sommes tout à fait disposés à croire à n’importe quelle fadaise, alors nous n’avons aucune chance de confesser quoi que ce soit de Dieu.
Nous n’avons aucune chance ! Aucune !
Nous sommes condamnés à l’indifférence, ou condamnés à ricaner dès que l’on parle du Christ.
Condamné à ricaner ; quelle perspective !
 
La séquence qui sera dite comme prière finale vient tout à fait à propos dans ce que nous célébrons aujourd’hui.
Pour ceux et celles qui sont blessés dans leur cœur pour un raison ou une autre.
Pour ceux et celles qui veulent confier leur préoccupation à la miséricorde du Seigneur.
Pour surmonter dans les relations ce qui manque, ou ce qui est de trop.
 
Ils peuvent s’ouvrir à l’Esprit avec ces paroles :
Lave ce qui est souillé
Baigne ce qui est aride,
Guéris ce qui est blessé,
Assouplis ce qui est raide,
Réchauffe ce qui est froid,
Rends droit ce qui est faussé.
 
Amen.

Père Roland Cazalis, image http://anacgabon.org/site/wp-content/uploads/2016/05/Pentecote.jpg

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