Epiphanie du Seigneur - 2017

Publié le par Père Roland Cazalis

Livre d'Isaïe 60,1-6.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,2-3a.5-6.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12.
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L’Épiphanie est comme une seconde Nativité. Ceux et celles pour qui cet événement a du sens peuvent continuer à en profiter et s’en réjouir. L’Epiphanie ou la manifestation [de Jésus aux rois mages] est une théophanie, une manifestation de Dieu. Ce n’est plus l’humanité qui se tourne vers le ciel ou vers Dieu, mais Dieu qui se tourne vers la terre ou vers l’humanité d’une manière totale.

La dominante de cet événement est la joie, la réjouissance. Notre cœur est préparé à cette réjouissance par la tonalité de la première lecture tirée du livre d’Isaïe qui dit « resplendis, Jérusalem ; elle est venue ta lumière. La gloire du Seigneur s’est levée en toi ».
 
Comment concrètement nous livre-t-on le récit ?
 
Des personnages venus d’Orient annoncent à Hérode et au Tout-Jérusalem la naissance du roi des juifs. En d’autres termes, ils leur annoncent : voilà ce qui vient d’arriver chez vous !
 
Interviennent plusieurs Hérode dans la Bible. Celui-ci est Hérode le Grand (règne de -37 à -4). « Grand » parce qu’il est le premier d’une dynastie qui fit long feu. Le personnage historique qui, fait exceptionnel, est nommé roi de Judée par les Romains. Il est très impopulaire et craint dans la nation juive. Il est païen et ami de Rome ; grand bâtisseur, mais ruine le peuple. Il a laissé l’image d’un tyran sanguinaire et paranoïaque pour protéger son trône des prétendants, en commençant par ceux de sa propre famille.
 
Nous connaissons les trois fils à qui il a laissé la vie sauve :
  • Archélaos ;
  • Hérode Antipas ou le tétrarque, celui que le Christ traite de renard ;
  • Philippe, également tétrarque, qui a des démêlés avec son frère Hérode Antipas au sujet de sa femme, ce qui a fini par causer le martyr du prophète Jean le baptiste.
L’évangile de Mathieu ne dit rien sur le nombre et le nom des mages. La tradition populaire a vite fait de combler ces lacunes ; la nature a horreur du vide, nous le savons.
 
Alors, restons avec ces gens venus d’ailleurs, des personnages à la fois astrologues, astronomes et philosophes : toutes ces disciplines étaient à l’époque non dissociées, ce qui leur permettait d’ailleurs d’avoir une vision plus intégrative de la réalité.
 
En général, quand des non-natifs viennent vous révéler un événement inouï qui se déroule chez vous, alors qu’ils n’étaient pas censés connaître de telle chose, alors cela prend un relief tout particulier.
 
Israël était donc préparé à recevoir celui que toute l’histoire attendait, le messie de Dieu. Mais la présence des mages montre que d’autres personnages, n’appartenant pas à cette nation et à cette religion, étaient au courant et scrutaient le ciel dans l’attente d’un signe annonçant son avènement.
 
L’imminence du temps messianique fait que les frontières culturelles et religieuses ne peuvent plus contenir cette nouvelle.
 
Alors, les mages annoncent : voilà ce qui est en train d’arriver chez vous ! Et nous sommes venus jusqu’ici pour le constater !
 
Hérode en est bouleversé et tout Jérusalem avec !
 
Ce n’est certainement pas le même bouleversement qu’a connu Marie lors de l’Annonciation !
Ce trouble d’Hérode nous dit que le combat du roi a commencé, alors qu’il ne sait même pas encore parler !
 
Le combat est aussi dans le texte. Le combat est dans notre lecture. Le combat est en nous !
Le texte nous lance un défi : quel personnage allons-nous suivre ?
 
Que ceux qui veulent suivre ou rester avec Hérode assument leur choix.
 
Quant à moi, je dis qu’il ne faut pas nous faire voler la joie de l’épiphanie par les calculs, les ruses et les mensonges d’Hérode et du Tout-Jérusalem.
 
Il nous faut rester avec les mages et les accompagner, car ils vont nous amener à l’enfant et à sa mère et par là même nous éloigner d’Hérode et de ses semblables.
 
Les mages suivent leur bonne étoile qui les amène à la bonne maison.
 
Nous allons donc utiliser les mages comme nos bonnes étoiles pour arriver, comme eux, à la bonne maison et nous réjouir de la présence de l’enfant et de sa mère.
 
Accompagnons les mages dans leur mouvement corporel : ils tombent aux pieds de l’enfant, se prosternent devant lui et lui offrent des présents chargés de symboles.
 
Et nous, qu’allons-nous offrir ? Que pouvons-nous offrir qui nous tient à cœur ?
 
En vérité, chacun ici sait dans son cœur ce qu’il doit offrir.
 
Offrir ou demander ?
 
En fait, dans ces circonstances, offrir ou demander, ces deux verbes deviennent équivalents.
 
Aux pieds de l’enfant et de sa mère, offrir ce qui vous tient à cœur, ou demander ce qui vous tient à cœur, c’est le même geste.
 
Offrir ou demander, puis repartir par un autre chemin.
 
Si nous croyons en celui à qui nous offrons ou demandons ce qui nous tient à cœur en ce moment, alors nous voilà lestés ou libérés pour retourner chez nous par un autre chemin.
Alors, bonne route dans ce chemin de 2017 !
 
Amen.
Père Roland Cazalis, image http://artbiblique.hautetfort.com/media/02/01/689458298.jpg

Publié dans homélie_cazalis

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