L'Esprit des béatitudes

Publié le par Père roland Cazalis

Prions le Seigneur pour que l’Esprit des béatitudes continue de se répandre partout où on lui laisse un peu d’espace afin qu’il puisse opérer l’impossible.

Livre de Sophonie 2,3.3,12-13., Psaume 146(145),7.8.9ab.10b. 1Corinthiens 1,26-31., Matthieu 5,1-12a.,
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Jésus voit la foule et a envie de lui dire quelque chose qui lui sort du cœur, comme un trop-plein du cœur qui s’épanche.
C’est la même motion ou la même émotion qui est palpable quand il dit :
« Père, je te rends grâce, car ce qui est resté caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tous petits ».
On pourrait aussi traduire, « ce que cherchent les savants et les sages par leur puissance cognitive ou discursive, les petits peuvent le goûté dans leur cœur, car ce n’est pas un savoir de la tête, mais une réalité que l’on éprouve dans ses entrailles.
Il n’est pas interdit d’être savant ou sage, bien au contraire.
Mais si on est sage ou savant et que l’on désire cette réalité qui fait vivre et que l’on ne peut que recevoir, alors cela change tout.
Alors, vous avez remarqué que toutes les béatitudes de chez Matthieu ne sont pas construites de la même manière.
On pourrait dire que les béatitudes sont une autre façon d’annoncer la Loi, non plus sous forme d’interdit, mais en sortant du juridique pour entrer dans le monde du désir.
La Loi entendue comme miroir de la réalité humaine et de la réalité humaine dans sa dimension de relation avec Dieu c.-à-d. comme partie intégrante de sa nature.
Quand on essaie de briser ce miroir, quand on essaie de le briser à coups de rupture de la solidarité, par des agressions, par des persécutions, en mal disant pour faire mal ou en mal faisant pour faire mal ; eh bien toutes ces tentatives se traduisent par la souffrance, par l’ajout de la souffrance dans le monde. Mais ce miroir est incassable.
D’autre part, chacun porte au fond de lui, tel un sacerdoce, un aspect de la Loi, une dimension de notre nature.
Ainsi, nous trouvons parmi ces dimensions, la justice, la miséricorde, la douceur, la paix, la pureté du cœur, l’ouverture du cœur, le service, la relation à Dieu, etc.
Chacun d’entre nous porte l’une de ces dimensions, l’un de ses sacramentaux devrait-on dire.
Alors, on ordonne par exemple des ministres de la relation à Dieu. C’est typiquement le cas de la prêtrise.
On comprend que ce ministère soit important, car si nous oublions que la relation à Dieu fait partie de notre nature, alors nous risquons d’oublier qui nous sommes. Et cet oubli est très facile.
Chaque fois que l’on s’en prend à l’être humain, ce qui se traduit en général par toutes sortes d’atrocités, ce que nous qualifions précisément de « crime contre l’humanité », c.-à-d. de la misanthropie, alors ces crimes sont des crimes de l’oubli.
Nous savons bien que ces « crimes contre l’humanité » sont aussi des blasphèmes ; car quand on s’attaque à l’être humain de la sorte, on s’en prend aussi à Dieu ; c’est probablement, le premier objectif de ces assaillants.
À ce titre, Daesh, c’est fondamentalement de la haine contre Dieu.
Remarquons au passage que puisque nous les qualifions de « crimes contre l’humanité », nous signifions par là que ces faits touchent à nos piliers, mais sans pouvoir les détruire.
Donc ici, l’esprit des Béatitudes est comme une nappe phréatique. Elle ne se voit pas, mais elle alimente tous ceux qui s’y connectent.
L’Église ordonne également des diacres pour le ministère du Service.
Ordonner ou conférer l’ordination, revient à reconnaître la dimension ou la Loi que le sujet porte en lui, puis  la consacrer et la lui redonner comme mission. Il y a trois verbes, donc trois moteurs dans l’ordination : reconnaître, consacrer, redonner.
En d’autres termes, par l’ordination, je te donne comme mission la dimension que tu portes en toi, pour la faire fructifier pour le bien de la communauté.
En recevant cette mission, alors le sujet peut se déchainer et décupler la force qu’il a en lui.
Dans la même logique, il devrait y avoir également le ministère de la Paix, le ministère de la Douceur, le ministère de la Justice, le ministère de la Pureté du cœur, le ministère de la Miséricorde, le ministère de la Compassion, etc.
J’aime bien l’idée du ministère de la Douceur.
Cela ferait peut-être beaucoup de ministères et beaucoup d’ordinations, - Jésus en énumère une partie dans les Béatitudes-,  mais cela aurait l’avantage de faire vivre ces valeurs et surtout de reconnaître leur dimension sacrée, et c’est pour cela qu’on les nomes des Lois, nos lois, c.-à-d. les piliers de la nature humaine.
Bien entendu, ces ministères sont à exercer auprès de l’humanité, en commençant par les plus petits, mais plus généralement, ces ministères sont à exercer auprès de toute la création, car nous, nous savons, nous comprenons ; c’est notre rôle comme responsables des différentes communautés des vivants, qu’elles soient animales, végétales ou autres.
On ne va pas demander au tigre d’exercer le ministère de la Douceur ; ce n’est pas vraiment son charisme, en dehors de la douceur ses poils, et encore, il faudrait voir.
C’est en exerçant ces ministères que l’humanité s’humanise, que l’humanité s’ultra-humanise.
Chacun devrait se demander : quel est mon ministère ? Ayant été reconnu, consacré et redonné, chacun devrait pouvoir se lancer sur son chemin d’humanité en l’exerçant.
Et le Christ dit « heureux êtes-vous ! » avant chaque ministère, ou le ministère à cause duquel on vous persécute.
Par exemple, « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, ils seront consolés ». Ce qui est visé ici c’est le ministère de la Justice, et quand il est effectivement exercé, il attire des persécutions. C’est très facile à vérifier.
Tous ces ministères convergent vers l’accomplissement de la création ; car c’est notre façon à nous de participer à l’œuvre de Dieu. C’est pourquoi le Christ dit, « heureux êtes-vous ».
Mais, en parlant de ministères, n’y a-t-il pas là, un embryon de cette dimension dans certaines ONG ?
Je dis certaines ONG. Je ne parle pas de celles qui mettent Dieu à la porte, pour manifester leur autostance, ou leur autofondement et leur automobilité et donner ainsi de leur personne salvifique.
Comment peut-on recevoir l’Esprit si l’on veut mettre Dieu dehors ? Et comment espère-t-on atteindre l’être humain véritablement sans le détruire?
Nous le savons, l’Esprit n’est la propriété de personne ni d’aucune religion.  Et l’on ne peut pas comprendre le ministère d’hommes marquants dans l’histoire récente comme celui d’un Gandhi, ou celui d’un Mandela sans leur ouverture à l’Esprit qui leur a permis d’opérer l'impossible.
Car en définitive, c’est toujours l’Esprit qui nous consacre, nous envoie et nous accompagne dans l’exercice de notre ministère.
Les Béatitudes nous rappellent donc des choses essentielles.  Et l’on peut percevoir l’émotion du Christ quand il prononce ce discours, car on est là au cœur de la mission, et c’est par là que l’on se connecte à la nappe phréatique de l’existence.
Jésus l’a exprimé en ces mots : « je suis venu pour que le monde ait la vie et l’ait en abondance ».
Oui, exercer ces ministères dont nous parlent les béatitudes, c’est précisément ce qui met la vie en mouvement, ce qui met le monde en mouvement.
Alors, connectons-nous au Christ qui est la nappe phréatique de la vie.
Prions le Seigneur pour que l’Esprit des béatitudes continue de se répandre partout où on lui laisse un peu d’espace afin qu’il puisse opérer l’impossible.
Amen
Père Roland Cazalis

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