Que Dios nos perdone ! Pourquoi donc ce titre pour un film policier ?

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

C’est le titre d’un thriller espagnol, appelé semble-t-il à être un succès cinématographique de l’été en France ? Cette traque d’un serial killer qui attaque, viole des vieille femmes se déroule à Madrid en plein mois d’août 2011 lors des JMJ avec le Pape Benoit XVI, juste après les manifestations des Indignés, dans ce centre plein de beaux et vieux appartements et des minables dortoirs de populations immigrées.

Nous suivons une paire de policiers mener l’enquête et le metteur en scène fait le choix de nous faire découvrir la vie de ces deux  policiers tout en donnant à l’enquête d’avancer. Nous voyons ainsi se comporter Javier Alfaro et Andrés Bosque sous un double aspect : lorsqu’ils sont au travail, lorsqu’ils sont dans leur vie privée.

Javier est un homme sanguin, colérique mais qui manifeste un amour sincère de son épouse. La découverte de l’infidélité de celle-ci le conduit à tourner sa violence vers lui-même et de fait à entrer dans une attitude de pardon envers son épouse comme envers sa fille adolescente.

Pour ce qui est Andrés, grand travailleur, très attentif, atteint d’un profond bégaiement, on découvre un homme vivant dans un vide relationnel [son appartement est plus que dénudé, et il y vit seul] tourné vers l’observation obsessionnelle des autres. Il attire chez lui la femme de ménage de sa copropriété et l’agresse sans suite. Il poursuivra un peu cette histoire par la suite.

Nous réalisons ainsi, peu à peu, que les deux inspecteurs, qui forment une paire surprenante mais efficace, sont en fait tout aussi violents que le serial killer qu’ils recherchent. La violence qui les habite est toutefois régulée, contenue par la structure extérieure, sa famille pour Alfaro qui arrive à poser les conditions d’un retour à une cohabitation du couple, ou la hiérarchie policière.

Cette régulation se fait à la marge, par des moyens pauvres, un repas offert aux deux équipes concurrentes [cf. photo], une brève discussion entre la fille et le père pour rendre possible le retour… Il est à remarquer qu’Andrès, le plus secret, tuera à la fin du film le serial killer dans un contexte tout autre, en hiver, sous la pluie dans le pays basque. Il révèlera sa propre blessure. Sa violence s’épanche parce qu’elle n’est plus contenue. La violence apparaissant comme l’exutoire à une blessure lancinante…

Et c’est peut-être là que nous pouvons comprendre le titre du film. Tous nous avons besoin du pardon du Seigneur pour cette violence qui nous habite et nous l’implorons. Mais l’image renvoyée par l’Eglise apparaît très distante : un pape lointain, des foules pressées de pèlerins qui errent comme sans but, des prêtres célébrants comme de loin, à un autel en hauteur, ne désirant pas non plus  être dérangés dans leur petit confort [la scène du repas à la cure]…

Le film, c’est celui d’une société prise par la violence, en attente d’une Eglise, capable de contenir sa violence en ne se contentant pas de célébrer mais en allant aux périphéries avec de pauvres moyens, du temps donné surtout, un cœur ouvert. Le drame actuel aurait pu être évité bien des années auparavant si la manifestation du déséquilibre avait entrainé une prise en charge du premier communiant et de sa mère par les témoins de celui-là.

Hommage en creux du Pape François l’Argentin au grand cœur… qui appelle à une Eglise en sortie.

Une scène de réconciliation malgré tout… entre la paire Andrès et Javier et la paire concurrente

 

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