Messe de la nuit - la Nativité du Seigneur - Homélie

Publié le par Père Roland Cazalis

Voilà, le compte à rebours du temps de l’avent est terminé. Une promesse s’accomplit.
Il y a plus de 2000 ans, - nous relate l’évangile de Luc – le temps où Marie devait enfanter fut accompli. Le temps où devait s’accomplir la promesse, -promesse qui a donné naissance et formé le peuple d’Israël à partir d’un ramassis de gens-, ce temps fut accompli.
C’est tout le peuple qui était gravide de cet enfant, par la médiation d’un couple, qui fut sollicité au temps fixé, afin de permettre à Dieu d’accomplir sa parole.
Nous avons là une concrétion de l’histoire où tout converge, et d’où le futur va également émerger.
Paradoxalement, cet événement aux dimensions et conséquences cosmiques a lieu quelque peu en marge des événements médiatisés du moment, et il pourrait même passer inaperçu, si ce n’est par la grâce d’un signe.
Pas le signe dans le ciel qui déchaine systématiquement l’imagination dans tous les sens, mais un signe simple sur la terre : un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire.
Un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire. : C’est un quasi non-signe !
L’humilité de Dieu n’est pas dans le décorum, mais bien dans la matière première ! Un nouveau-né !
L’humilité de Dieu, c’est avant tout, le respect de la condition humaine, car toute histoire humaine commence avec celle d’un nouveau-né.
Il fallait être attentif pour ne pas passer à côté de l’événement, car il n’y avait quasi rien à voir de très particulier à cette époque.
Vingt siècles plus tard, le décompte du calendrier de l’avent produit toujours le même effet.
Une joie particulière, une brûlure qui a ses particularités propres, un effet que ne produit aucun autre événement.
Oui, une joie particulière nous envahit peu à peu et inexorablement jusqu’à la nuit très particulière que nous célébrons aujourd’hui.
Pourquoi cette brûlure se renouvèle-t-elle toujours à la même époque ?
  • Des souvenirs de ces beaux Noëls d’autrefois que nous avons vécus ou lus et qui sont réactivés par le décorum et les aspirations du moment ?  Sans doute ; mais pas seulement !
  • Des réminiscences des ouvertures de cadeaux au pied du sapin de Noël ; le suspens vécut durant le dénouement du ruban qui a été fait avec soin et amour ; le crissement du papier de soie qui va nous révéler l’inattendu et, en perspective, le plaisir de recevoir à nouveau ? Ou encore mieux, de faire plaisir à notre tour ?  Sans doute aussi, mais pas seulement !
  • Des souvenirs de fêtes de famille, de la féerie de la table et des convives ? Sans doute, mais pas seulement !
Quand nous avons fait la somme de toutes les causes de cette joie particulière qui se renouvelle, il reste un surplus. Il reste une part incompressible qui échappe à tout pourquoi.
Pour celui qui est attentif à ce qui survient en lui, ce surplus incompressible est comme un signe.
Un signe ne s’impose pas. Il donne à voir. Il sollicite le regard au-delà des apparences et de la logique classique.
Le signe de la Nativité sollicite notre intériorité, là précisément où se trouve ce surplus qui a l’allure d’une petite flamme qui ne nous consume pas.
Ce surplus se tient dans nos entrailles. Il est comme en attente. Il pourrait bien nous envahir si d’aventure nous donnions notre assentiment.
C’est bien cela l’Incarnation.
Le Dieu du ciel se révèle de bas en haut, c.-à-d. des tréfonds de nos entrailles jusqu’à notre assentiment.
La théologie surveillée nous dit que le Verbe, le Logos qui était auprès du Père, s’est défait de sa gloire pour venir habiter parmi les enfants des hommes. C’est ce qu’on appelle en langage technique la Kénose.
Alors, quand nous sommes sollicités à notre tour par cette petite flamme sise en nos tréfonds, notre kénose à nous consiste à laisser là notre amour propre, pour que nous devenions une terre habitée.
Dans ce jeu de Kénose contre kénose, nous sommes les grands bénéficiaires.
Oui, le Christ est le signe du monde, ou le sacrement du monde.
Un signe ne s’impose pas. Il donne à voir. Il sollicite notre intériorité.
Si vous êtes sollicités par ce signe tout au fond de vous, et si vous ne l’ignorez pas, alors heureux êtes-vous, car une lumière va resplendir en vous.
Amen.
Père Roland Cazalis

 

 

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