Lc 9, 11b-17 Les petits pas de la promesse

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Luc 9, 11b-17 En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Le petit pas qui donne au Monde nouveau d’apparaître…

Dans l’Eucharistie… Jésus chemine, avec nous, sur tous nos chemins humains. Il nous y accompagne, et pour cela, il nous conduit, il nous guide, il nous escorte… Il est proposé à chacun d’entre nous d’entrer pleinement dans ce mouvement pour d’abord le recevoir, puis pour le vivre aussi nous-même comme de l’intérieur, devenant alors comme des instruments de la propagation  de l’action du Seigneur envers nos frères et sœurs…

Oui, ce don que Jésus fait de lui-même je le reçois d’abord comme pardon qui me redonne vie puis, ensuite, il m’est proposé d’entrer moi-même, à sa suite et à sa manière, dans ce mouvement pour d’autres, pour la croissance de son Corps. Il en est ainsi dans la scansion entre la première semaine des Exercices Spirituels de Saint Ignace [recevoir le pardon] et des trois suivantes [être à la suite du Christ Jésus].

Si chacun de nous chemine ainsi, nous avons à prendre conscience qu’un chemin d’ensemble pour tous s’ouvre également…

Ainsi, dans ce passage de l’Evangile, il y a la foule qui devient peuple par le premier mouvement, en recevant ce qui lui est donné en excès, et les disciples, pour le deuxième moment, qui reçoivent de pouvoir se donner eux-mêmes à la suite de leur Maître et Seigneur dans le don qu’il fait de lui-même. Le geste de l’Eucharistie apparaît comme l’enveloppe offerte à toute notre existence humaine, qui enveloppe tout chemin humain et tous les chemins humains… Suivons ce que le Seigneur propose à ses disciples qui déjà le suivent...

« Le jour commençait à baisser »  En chacune de nos vies, à un moment, tout devient plus lourd, les liens qui donnaient sens se diluent, le jour se désagrège, nous ne voyons plus comment la suite pourra se poursuivre… Cela est vrai dans notre vie personnelle, ainsi le travail entre dans une impasse, la vie familiale devient trop lourde, la santé change… cela est aussi vrai dans la vie collective, un groupe d’amis se retrouve sans souffle, l’équipe de travail n’y croit plus, le pays perd sa confiance, la famille sombre dans l’indifférence générale… Oui, en chaque dimension de notre vie, à un moment le jour peut commencer à baisser. Cela nous fait entrer dans une nouvelle épreuve. Une bifurcation se présente à nous : ou s’abandonner aux conditions extérieures en renonçant ou prendre une initiative personnelle à partir de sa liberté comme capacité d’initier… C’est le chemin que propose le Seigneur à ses disciples qui ne voient pas comment faire avec la foule…

Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »  Voilà l’appel que le Seigneur adresse à chacun de nous en toutes les situations où le jour baisse… partir, repartir de notre propre capacité d’initier… même si nous allons nous confronter à un mur d’impossibles, même si elle est toute petite. Ma  réponse est d’une autre nature, elle est de croire en ma capacité, de croire que je suis libre et en relation, pas complétement déterminé par la situation extérieure, croire que je suis l’enfant du Père…  croire en ma dignité personnelle… en ma capacité à créer, je suis appelé à éveiller l’aurore… Dès lors un monde nouveau peut surgir, concrètement un petit pas possible apparaît, que je suis invité à poser…

Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Le Seigneur partage le peu de pain, le peu de poisson, le peu d’ouverture de ses disciples et la foule devient peuple, la foule se rassasie, la promesse s’incarne... Celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous [Saint Augustin]…

Père Jean-Luc Fabre

[Source image  http://les-petits-pas-demilie.com/WP_PPE/wp-content/themes/ppe_wp/images/logo3.png  ]