Une manière d’aborder la semaine sainte

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Année après année, nous revivons la semaine sainte, année après année, les derniers jours du Seigneur, tels que racontés par les premiers disciples nous travaillent. Aussi année après année, il est bon de prendre un angle particulier pour laisser cette bonne nouvelle du salut nous pénétrer. Alors pourquoi ne pas considérer comment Jésus le Fils de Dieu se révèle là l’homme parfait. Pilate dira à la foule : « voilà l’homme ! » Quelques modestes indications, avant de lire pour soi la Passion du Seigneur…

Dans l’évangile qui introduit le rite des rameaux [Mc 11, 1-10] nous lisons : « Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs ». Est mobilisée, là, la symbolique de l’homme capable de dominer son énergie de vie et de l’humaniser. Le déport évangélique se fait dans le fait qu’à la place d’un cheval impétueux, c’est un modeste ânon. Est indiqué paradoxalement que le chemin véritable de la maitrise de notre humanité est l’humilité... De même, le fait d’étendre les vêtements, les manteaux sur le chemin du Christ signifie la remise de son intériorité à l’action de cet homme parfait par les juifs qui suivent à ce moment Jésus, nous-mêmes…

Que le Seigneur guide en ces jours notre propre remise de notre humanité à Celui qui passe en faisant le bien et nous indique le chemin, qui devient le chemin même qui nous porte…

Dans la prière d’ouverture du Dimanche des rameaux « Dieu éternel et tout-puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix : accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa passion et d’avoir part à sa résurrection. » retenons surtout ce point  « montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter » que peut bien vouloir dire ces mots : genre humain, abaissement, imiter..

Le « genre humain » cela veut dire que c’est bien l’homme, tout homme, en sa profondeur qui est visé, quelles que soient son appartenance, sa religion, sa situation… C’est le genre humain, ce qui porte en nous notre devenir homme, la promesse essentielle. Cela touche surtout notre énergie de devenir, de transformation… Nous pouvons nous dire que l’homme est cet équilibre sans cesse rebondissant entre ces trois sommets « ce qu’il veut », « ce qu’il peut » et « ce qui s’impose à lu »… à la rechercher incessante qu’il est d’« exister ». C’est bien l’enjeu d’une vie savoir tenir ce triangle…

La figure d’Andreas Lubitz[i] et celle de Maximilien Kolbe peuvent éclairer cet enjeu humain. Dans un cas, un homme doté de capacité « savoir voler » se retrouve devant une épreuve « perdre la vue », c’est-à-dire perdre sa raison de vivre et cela l’amène à user de sa puissance, « ce qu’il peut » vers la destruction, signant une incapacité à concevoir à « ce qui s’impose à lui » une autre réponse que la destruction totale de son monde.

Tout autre est le chemin de Maximilien Kolbe. Par sa puissance d’affirmation, il arrive à imposer à l’officier allemand la substitution du père de famille. Dans la situation nouvelle où tout s’impose à lui, une salle fermée où avec d’autres compagnons il est condamné à mourir d’inanition et de soif, dans cette situation, qui voit la disparition complète de « ce qu’il peut », Maximilien trouvera les moyens de garder la solidarité avec le groupe jusqu’au bout…

Cet enjeu est présent à chacun, ne serait-ce qu’à la fin de notre vie, nos forces, notre capacité à faire, nous quittent alors joue pour nous la manière de nous situer par rapport à ce qui s’impose à nous, la manière que nous avons d’user de ce que nous pouvons encore faire… que voulons-nous ?

La prière nous apporte comme réponse le mot « Abaissement » Le Christ a vécu cette épreuve humaine, et sa manière à consister à être, à demeurer, en tout, ouvert à son Père, à ses frères humains… Il ne s’est jamais fermé sur lui-même, il n’a en aucune manière essayé de se sauver lui-même, il est demeuré, en tout, ouvert aux autres et, en cela, il s’est abaissé. Voilà en quoi consiste l’abaissement : demeurer dans la situation qui s’impose sans vouloir rompre avec nos solidarités, nos engagements… C’est bien dans cet abaissement, dans cette ouverture tenue jusqu’au bout par le Christ que nous pouvons, aujourd’hui, trouver notre propre place, y recevoir le pardon, renouer avec la solidarité envers tous les hommes, c’est bien en ce lieu que Maximilien demeurait pour tenir dans sa situation… L’enjeu pour notre existence est bien de ne pas vouloir être seul, ne pas rompre la fidélité envers les autres. C’est là que le Seigneur nous porte. La manière de tenir demande de ne pas tenir par nous-même mais d’« imiter »… un mot là aussi à bien recevoir.

« Imiter » ne veut pas dire faire par nous-même mais entrer dans une attitude de contemplation. La contemplation consiste à s’exposer à ce qui se donne à contempler, c’est laisser l’objet de la contemplation venir à nous, prendre comme possession de nous-même. Nous ne pouvons pas imiter de force, mais seulement nous ouvrir patiemment à ce qui se donne et laisser ce qui se donne venir chez nous faire sa demeure… Il n’est pas d’autre chemin que tenter pauvrement de demeurer ouvert…

Alors maintenant, dans cette longue Semaine, lisons, écoutons, relisons, réécoutons la Passion de notre Seigneur... Mettons-nous à l’école de cet homme parfait… Donnons-nous à l’imiter…

Père Jean-Luc Fabre

[Source de l’image http://1.bp.blogspot.com/-29ZzOf20noQ/VG1_8zNqAhI/AAAAAAAAf7Y/yLGYXNOvu3E/s1600/Viallat%2B4%2Bb.jpg ]

[i] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/03/27/01016-20150327ARTFIG00195-crash-de-l-a320-nouvelles-revelations-sur-l-etat-de-sante-d-andreas-lubitz.php