Mc 2, 18-22 Comme une araignée nous tissons notre toile pour retenir, recevoir…

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Marc 2, 18-22 En ce temps-là, comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vint demander à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront.

Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. »

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Ce commentaire d’Evangile rend compte de la signification qu’il peut avoir dans la vie de son auteur jésuite, qui prend en compte la dernière Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus [http://gc36.org/fr]. Mais, en acceptant une légitime et attendue transposition, il peut indiquer à tout lecteur le chemin de son légitime retour à sa situation primitive.  Voilà la raison de sa publication. JLF
A vin nouveau, outres neuves. La présence du Seigneur, celle du Ressuscité, conduit à une nouveauté radicale en chacune des vies croyantes… La marque de cette nouveauté chez les premiers chrétiens : sous l’impulsion de l’Esprit ils inventent une manière de recevoir le quotidien pour y lire les appels du Seigneur, comme nous le disent les Actes, une nouvelle vie liturgique, un nouvel art de vivre, de partager, ils inventent la forme des lettres apostoliques, des Evangiles pour se laisser guider…
Et, pour nous, jésuites, il y a la manière dont Ignace nous introduit à un nouveau mode de contemplation, en entrant en quatrième semaine, sans autre appui que ce que nous recevons du temps de prière, et encore, plus profondément, la manière dont lui-même Ignace, vers la fin de son séjour à Manrèse, « s’est éveillé comme d’un rêve » et est entré dans une vie de plein discernement, se laissant instruire par le quotidien, reçu et relu. Il n’aura de cesse, ensuite, de le transmettre.
Cette nouveauté, celle du Ressuscité, est celle d’une vie qui nous est donnée et que nous avons aussi à recevoir plus consciemment pour qu’elle porte un fruit plus grand… C’est elle qui, un jour, a conduit chacun de nous à prendre un nouveau chemin, soit individuellement, soit en groupe… C’est une vraie enveloppe, un vrai vêtement que nous cessons de tisser, de produire pour recevoir toujours plus ce qui est donné, pour trouver les moyens de transmettre ce qui au commencement nous a été donné… Comme une araignée nous tissons notre toile pour retenir, recevoir…
« Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve » Le temps file et cette présence, qui nous portait, nous amenait à nous situer d’une certaine manière, nous permettrait de faire les choses d’une certaine manière, peut sembler ne plus nous habiter… Un beau jour, de par la suractivité et bien d’autres raisons : blessures passées, surprises de la vie, évolution de la société, nous nous éprouvons loin de l’intuition de départ. Le ruisseau qui donnait vie et allégresse semble comme avoir tari. Le tissage perd  de son sens. Commence alors une quête pour retrouver le chemin primitif, là où la présence nous accompagnait, nous nourrissait, nous donnait joie et confiance… Et nous revenons en manque, nous tournons autour de l’endroit où était la source primitive, pour retrouver un peu d’eau, un peu de consolation… Des tentatives moins radicales se révèlent sans fruit. Et souvent, de par la générosité du Seigneur, le feu en train de s’éteindre reprend avec une vigueur nouvelle. Le foyer se rallume et recommence à briller de mille feux… Dans ce retour, il nous est donné et demandé également de laisser tomber beaucoup de réalisations passées, de devoir reprendre des pans entiers de notre vie, autrement…
N’est-ce pas ce que la 36ième  congrégation nous demande de vivre. De la vie fondatrice des premiers compagnons, elle ne retient pas directement l’envoi en mission au nom de l’obéissance, ni même le temps de la délibération des premiers pères. Elle nous conduit plus en amont encore, vers cette période de l’attente à Venise, du temps passé par Ignace et Xavier dans les faubourgs de Vicence, ce temps polarisé par l’attente mais sans autre préoccupation, où les vies d’amitié, de prière, de service naissaient dans la simplicité du quotidien partagé. Le vieux vêtement de la Compagnie semble devoir être défait jusqu’à ce point pour rouvrir un nouveau chemin à nos communautés, à la relation avec les personnes avec lesquelles nous collaborons ou nous coopérons, les moyens que nous mettons en œuvre, les œuvres que nous constituons… Nous y perdrons certes bien des attaches identitaires mais nous y retrouverons l’intuition des débuts, des commencements, l’ouverture à de nouveaux possibles… Prions pour cet appel radical que la Congrégation nous lance, prions tout spécialement pour ceux qui, parmi nous, portent la charge du service de l’autorité. Que le Seigneur les aide à aller vers ce lieu du temps fraternel et insouciant des commencements, que, de là, s’engendre, une fois encore, le Corps de la Compagnie.
Père Jean-Luc Fabre
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