Mt 4, 1-11 1er dimanche de Carême, année A - 5 mars 2017

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Les tentations rapportées aux trois dimensions de notre vie,
un examen de conscience.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,1-11.

 

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
 
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
 
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! Car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
 
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
 
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Dans ce récit des tentations vécues par Jésus, nous voyons le diable porter des attaques croissantes envers le Seigneur, dans les différentes dimensions de son existence : sa vie de subsistance, sa vie d’expression personnelle, sa vie en relation avec tous les autres êtres, dimensions de l’existence que nous partageons avec lui. Alors, ce chemin vécu par le Seigneur peut aider chacun de nous à examiner sa propre manière d’accueillir la vie en ces trois dimensions… Le faisons-nous vraiment à la suite du Fils de l’homme, en sa merveilleuse humilité, ou bien le faisons-nous autrement, loin de son esprit…

 

« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » La vie est pour nous d’abord le lieu de la nécessité. Nous avons besoin de pouvoir respirer de manière continue, puis de nous hydrater, de nous nourrir, de dormir, de nous vêtir… sans tout cela nous périssons. Mais notre vie ne se réduit pas à cela, une parole nous tire, fait grandir notre existence, la singularise à partir de son fond continu de nécessité qui demeure.

Alors, nous pouvons-nous demander : quand est-ce que je sacrifie mon devenir, mon appel pour demeurer dans mon confort ? Quand est-ce que je renonce à l’expression de ma singularité ? Et aussi, quand est-ce que je méprise en moi et en l’autre la satisfaction des besoins fondamentaux ?

 

« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Mais la vie est aussi pour chacun de nous appel à devenir, à nous singulariser. Ainsi chaque plante, chaque fleur pousse pour s’accomplir. Nous aussi, les êtres humains, chacun de nous, dans la symphonie de l’humanité nous sommes appelés à être nous-même, à exprimer l’être que chacun est. Mais dans ce bon devenir, nous avons aussi à évoluer dans le respect des autres. Notre croissance doit inclure l’autre dans le respect, sans se mettre non plus soi-même en péril, en se considérant humblement comme une réponse vraiment unique à l’humanité entière [et qui compte], avec d’autres réponses qui elles sont tout aussi uniques et tout aussi respectables.

Alors, nous pouvons-nous demander : Quand est-ce que ma soif de devenir me fait plonger dans un pur paraître, déconnecté de toute relation aux autres, du respect de la loi commune ? Quand est-ce que je ne veux exister que par mon action, sans lien avec les autres, sans reconnaissance envers le Seigneur ?

 

« C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Mais la vie porte en elle, pour chacun de nous, l’appel à entrer joyeusement dans l’union radicale avec les autres où le sens de mon existence ne se trouve plus dans l’origine que je perçois, ou dans mes réalisations, dans la mise en œuvre de mon projet  mais dans le sens qu’il y a à entrer en communion fraternelle avec chacun. Cette beauté de l’humanité comme corps unique peut devenir pour moi une tentation d’accaparement, une incapacité à trouver ma juste place, je veux dominer, m’imposer, posséder tout de ce que je perçois.

Alors, nous pouvons-nous demander : Quand est-ce que je refuse de m’inscrire comme un parmi les autres, assujetti à la loi commune et apportant de bon cœur aux autres toute ma richesse ? Quand est-ce que je refuse de me donner pour que la vie circule entre tous les êtres ? Quand est-ce que je reste camper sur mon quant-à-soi ? Quand est-ce que je ne contemple plus la beauté du monde, donné par le Créateur, la beauté des autres, mes frères, et que je cherche qu’à les capter pour moi ?

 

Le Seigneur a accepté d’être confronté aux frontières de l’humain en affrontant le manque, l’expression de soi, la solidarité avec les autres…  Le tentateur est reparti sans prise sur lui. Que son existence offerte nous aide en ce début de carême à prendre conscience de cette lutte en nous de la peur du manque, du désir de se singulariser à tout prix, du refus de vivre à sa place dans l’humanité… Qu’il nous aide à accueillir en toutes ses dimensions notre humanité !

Père Jean-Luc Fabre

                                   Et moi alors ?

La tentation du Christ, copie en plâtre d'un chapiteau de la cathédrale Saint Lazare à Autun, XIII° siècle, Cité de l'architecture, Paris.

[Source image http://www.histoire-fr.com/dossier_fetes_mardi_gras_careme.htm]