Heureux les pauvres de cœur : Célébrer la Toussaint en Ehpad…

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Mt 5, 1-12a En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Jésus proclame « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » Comment pouvez-vous recevoir cette parole vous qui êtes pauvres. Pauvres vous l’êtes vraiment. Vous avez perdu votre « chez soi », vous avez perdu l’autonomie en ne pouvant plus initier beaucoup de choses, vous avez même perdu la capacité de vous déplacer par vous-mêmes, votre santé est bien fragile, et souvent votre vie tient à un fil… Vous vivez la pauvreté, vous êtes une des personnes qui constitue cette foule que regarde Jésus…

Mais aujourd’hui Jésus vous invite à gravir la montagne pour s’approcher de lui, à devenir ses disciples, à apprendre à faire comme lui, à vivre comme lui. Et Jésus ose vous dire, comme à tous les autres humains, cette parole forte, provocante : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ». Comment la comprendre ? La recevoir vraiment ?

Peut-être en réalisant d’abord que Jésus a lui-même la  pauvreté comme vous . Jésus est authentique dans son propos. Jésus est en mouvement, depuis qu’il a quitté Nazareth, il n’a plus de chez lui, de « pierre où reposer la tête ». Et nous savons qu’il est rapidement attaqué, critiqué, méprisé, qu’il sera arrêté, jugé, condamné, exécuté…. Il ne pourra plus prendre d’initiatives, obligé de se cacher, lorsqu’il sera arrêté, il ne pourra plus se déplacer librement, il sera cloué à la Croix. Oui Jésus vit notre vie dans ses aspects les plus difficiles. Jésus aussi a été pauvre, radicalement pauvre.

Alors, nous avons aussi à réaliser qu’au cours de son chemin, des aides viendront à Jésus… malgré tout. Il y aura l’accueil de Marthe chez elle, le soutien de Thomas qui encouragera les autres disciples au moment de la montée vers Jérusalem, en disant « allons avec lui à Jérusalem pour mourir avec lui », il y aura la présence à ses côtés tout au long de sa vie des disciples, des apôtres. Et sur la Croix, Jésus connaitra la reconnaissance du bon larron… Nous avons aussi à réaliser que  de toutes ces aides, Jésus sera profondément reconnaissant.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ». Dans sa grande pauvreté, Jésus éprouve l’aide de beaucoup, il mesure l’attention discrète du Père envers lui.

Alors voilà peut-être le retournement auquel nous sommes appelés, aujourd’hui, en cette fête de la Toussaint, chacun de nous. Dans ma situation de pauvreté, est-ce que moi aussi je ne fais pas aussi l’expérience de recevoir des aides, des soutiens… Si je prends le temps de revoir les épreuves que j’ai traversées, je vois que je n’étais pas seul que des aides m’étaient données. Je réalise que je suis en fait dans le royaume des Cieux, je n’ai rien et je reçois gratuitement de pouvoir vivre…

Et ainsi pour vous, comme aide à recevoir, à reconnaître, il y a les membres du personnel qui sont là présents chaque jour, plus ou moins disponibles mais au final ils sont là et présents, il y a les personnes qui viennent vous rendre visite plus ou moins pressées et plus ou moins ouvertes mais au final elles sont là et présentes. Il y a aussi ce que vous vivez entre vous, en étant plus ou moins accueillants et patients mais au final là et présents… Voilà toutes ces aides qui vous soutiennent dans votre pauvreté, qui vous signifient que vous n’êtes pas seuls, que quelque chose de la vie ne cesse de se donner à vous.

Que cette fête de la Toussaint soit une occasion pour renforcer en chacun de nous une attitude de confiance, pour soi-même, pour ses proches, pour tous les autres humains aussi… Prenons en conscience, chacun de nous : en vivant ainsi, en reconnaissant ce qui nous est donné, en le recevant au plus profond de notre cœur,  nous contribuons  à aider les autres, à leur signifier qu’aucun de nous n’est seul, que la vie vaut la peine d’être vécue jusqu’au bout.

Que le Seigneur nous fasse le don de cette reconnaissance jusqu’au bout des dons qui nous sont faits, ou qui nous ont été faits… que nous sachions recevoir ce qui nous est donné, afin de pouvoir le rendre à lui notre Seigneur ainsi s’établit en nous la capacité à donner et à demander justement.

Oui sachons apprendre à dire « merci » même dans le dénuement. C’est bien ce que vivra jusqu’au bout Jésus au cours de la Cène avec ses disciples. Nous aussi vivons comme lui, avec la même attitude intérieure. Oui, Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux

Père Jean-Luc Fabre

[Source photo http://img.over-blog-kiwi.com/1/39/53/92/20150624/ob_b6a35e_fete-musique-2.jpg ]

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