Nous avons mangé le même pain

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Le second préambule est la composition de lieu. Ici, je me représenterai l'immense étendue de la terre, peuplée de tant de nations diverses; puis je considérerai en particulier la maison et la chambre de Notre-Dame dans la ville de Nazareth, en Galilée. Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola n° 103.

Avec une amie de la CVX France, j’ai été amené à assurer une formation au sein de la Communauté de Vie Chrétienne Egypte. Durant quatre jours, nous avons vécu au Caire au sein d’un établissement scolaire avec une bonne quarantaine de membres de la CVX Egypte, pour leur proposer d’entrer dans la manière et l’intelligence de nos rencontres de communauté locale en France. Nous avons eu aussi la chance de participer aux liturgies eucharistiques coptes, ce dont je désire vous parler.

Bien évidemment un fort air de ressemblance avec nos propres messes. Mais des impressions fortes m’ont touché, la première fois et les fois suivantes aussi. Les enfants, même très jeunes, peuvent communier. Lorsqu’ils le font, ils savent ce qu’ils font. Ils perçoivent bien, un acte singulier, un acte qui les met en égalité avec toutes les autres personnes, qui les inclut fortement dans le groupe. Nous-mêmes, d’ailleurs, faisons-nous plus que cela ? Pouvons-nous comprendre ce mystère plus que cela… s’éprouver frères, compagnon pour être fils, disciples et serviteurs.

Une autre sensation forte, la célébration eucharistique commence par l’offrande du pain et du vin, c’est le premier rite, le rite d’ouverture. Cela manifeste que nous sommes invités à offrir tout de notre vie à cet échange eucharistique, car le rituel de pénitence, le partage de la Parole de Dieu, les prières d’intercessions, les moments de louange, tout est ordonné par cette double offrande inaugurale, celle de Dieu, celle de l’homme, offrande réciproque qui se manifeste tout au long de la célébration et qui culminera au moment où les croyants communieront au corps et au sang du Christ au terme de la célébration.

D’autant plus que de multiples oraisons, dites par le prêtre, le diacre ou le peuple sont là pour aider chacun à prendre conscience plus vivement de ce qui se vit, des attitudes spirituelles qu’il est bon d’avoir ou de demander. Tout cela, je puis vous le dire, parce que, les quelques français, qui ne comprenaient pas ce qui se disait, nous avons été nous aussi inclus. La remise d’un missel écrit en français, un compagnon égyptien à nos côtés pour nous indiquer le passage, une traduction en simultanée de l’homélie, des partages nous donnent de nous éprouver nous aussi partie prenante de la liturgie.

Ainsi, il nous a été donné de nous ouvrir encore plus profondément à cette liturgie qui manifeste une communion promise et à l’œuvre tout du long du rite, bien au-delà d’une manière occidentale d’éprouver la liturgie de l’eucharistie comme la réponse d’engagement à l’écoute de la parole de Dieu lors de la liturgie de la parole qui précède la liturgie eucharistique proprement dite. Des manières différentes, inventées depuis des siècles, dans des cultures différentes, qui disent, à leurs manières, le mystère du Dieu fait homme et se l’approprie du plus fort d’elles-mêmes, appropriation qui conforte ces cultures en éduquant leurs membres dans les attitudes profondes de reconnaissance, portées par leurs cultures…

Oui, c’est bien le même pain que nous avons mangé sur cette terre d’Egypte, celui d’un Dieu qui aime tous les hommes et les appelle tels qu’ils sont, là où ils sont… En cette terre d’Egypte, au sein de ce petit oasis de verdure, je me disais que Dieu est bien grand en s’approchant ainsi des hommes si divers…

père Jean-Luc Fabre

Photos prises par Antoine Ghali

Nous avons mangé le même pain

Publié dans actualité et vie : JL