Le Pardon de Dieu pour nous qui suivons le Christ

Publié par Père Jean-Luc Fabre

Une notion riche centrale qui n’est pas facile à comprendre… elle nous dépasse… elle est à vivre, le sens vient de là… elle est à la limite… alors le témoignage la bonne manière pour en parler…

Mais on peut dire quelques petites choses autrement tout de même, la première quand on regarde ceux qui se disent chrétiens c’est que le pardon cela compte… Le chrétien est un pécheur pardonné Autrement dit, plus je deviens pécheur pardonné et plus je deviens chrétien cf. Pape François dans l’interview avec le P. Antonio Spadaro, sj, directeur de La Civiltà Cattolica… « Qui est Jorge Mario Bergoglio ? » Le pape me fixe en silence. Je lui demande si c’est une question que je suis en droit de lui poser… Il acquiesce et me dit : « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste… Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste… Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. Pécheur pardonné»

C’est l’expérience essentielle… que nous confessons dans le crédo… Le credo qu’est-ce que c’est ? C’est une enveloppe qui porte chacune de nos paroles, de nos actes, donnée par l’Eglise qui elle aussi nous enveloppe, qui balise, aide à se repérer, l’Eglise c’est le grand corps des chrétiens habités par l’Esprit. Une enveloppe… cela nous aide, nous maintient, nous donne de pouvoir avancer nous-mêmes. Le Papa qui conduit, maintient son enfant représente Dieu, dans la gestuelle symbolique de Jousse… se laisser conduire par ces mots inventés dans des conciles…

Dans le Credo symbole de Nicée nous disons : Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. Et dans le symbole des apôtres Je crois à la rémission des péchés

Un Risque de ne considérer chaque article qu’en lui-même alors il y a le risque de développer un rapport magique, alors je me centre sur ce que je fais… bien ou pas… je technicise et je rate l’essentiel… un peu comme l’histoire du doigt et de la lune du proverbe chinois… Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt…

Ignace ainsi à Manrèse… je me suis bien ou mal confessé… et il recommence jusqu’au jour où il s’éveille de son rêve et reçoit ce qui lui est donné, le pardon de Dieu, il entre dans une nouvelle vie, qui n’est plus sur lui-même pour répondre parfaitement à Dieu, mais avec Dieu pour vivre de sa vie dans le dialogue… il vit du discernement alors [viande, couché].

Alors l’enjeu du Pardon de Dieu pour nous chrétiens est de le percevoir dans un mouvement et accéder à son sens véritable, comme dans le crédo…

Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;

Il procède du Père et du Fils.

Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;

Il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.

Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.

J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle…

 

Confesser le Dieu Trinité, c’est être aussi dans ce mouvement en soi-même… être irrigué de l’effet de l’Esprit « Il a parlé par les prophètes », entrer dans l’Eglise, l’assemblée des croyants, la kahal du peuple juif au désert, dans la communion des saints [je n’existe pas seul mais dans cet ensemble], voir ses péchés remis, attendre la résurrection et entrer dans la vie du royaume… ce n’est pas rien… c’est un véritable arrachement à notre manière d’exister pour entrer dans la vie nouvelle… la Vie chrétienne est un mouvement en nous et pas que pour nous, pas que pour nos proches, mais dans la foi pour tous…

Cela nous renvoie au cœur de la foi chrétienne, l’expérience de Pâques vécue par les disciples… qui, là, ont tout reçu et ils ont, peu à peu, tout compris. Cela leur a pris 40 ou 50 jours… le temps pascal, c’est le temps où nous sommes…

Il y a le Don total que le Christ nous fait de lui lors de la Cène, le don jusqu’à l’extrême qu’il vit ) partir de tout ce qu’il a vécu auparavant,  dans l’abandon du Vendredi saint où il est vendu, renié, abandonné… sa vie organique [son cœur, sa respiration, sou souffle…], sa vie personnelle [ses projets, sa manière de voir] sont perdues, anéanties, mais par là une autre vie se manifeste alors purement, par le retour du Ressuscité qui redonne vie, qui renoue, qui vient marcher avec les hommes, qui pardonne, qui se manifeste gratuite, inaltérable… la vie même de Dieu… qui nous fait entrer dans ce don, cette capacité de se donner soi aussi…

Alors, en recevant ce pardon, s’offre aux disciples l’expérience d’une nouvelle vie pour eux une vie qui devient aussi témoignage pour autrui… Marie Madeleine, les pèlerins d’Emmaüs, Pierre, Paul, les autres, tous ensemble comme en Actes 2… une vie qui nous met à nu, nous désapproprie d’une manière qui apparaît alors folle de se centrer sur sa vie organique, sur sa vie d’individuation, j’étais dans l’erreur, la fuite, le reniement, je ne le cache pas… mais une vie qui nous fait entrer dans une nouvelle dimension de notre être… qui se révèle relation, confiance envers l’autre, ouverture, don de soi, conspiration, entente, abandon, remise de soi…

Paul ne cesse d’en parler, il donne des mots à l’expérience chrétienne, comme en Galates 2, 20 « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ».

 

Cette expérience nous, comme chrétiens au cours des siècles, la vivons et la revivons, un chemin alors s’ouvre à nous… ce qu’est la vie en plénitude… de nombreuses attestations, comme Ignace aussi à Manrèse… chacun de nous à notre manière… une parole reçue qui (re-)créée…

Je vous parle de cette enveloppe du crédo, de l’expérience pascale qui s’incarne en toute situation notamment dans la famille, dans le couple, dimensions fondamentales de la vie humaine… Claire et Nicolas vous parleront de cette expérience qu’ils vivent, qui est offerte à tout le monde par la force de l’Esprit, au sein de nos vies quotidiennes, au sein de nos familles… cette enveloppe est là pour nous aider à nous risquer, à écouter vraiment, à parler vraiment, à entrer dans le Royaume…

Un écho des Principes Généraux n°2« Cette loi, que l’Esprit grave en nos cœurs, s’exprime en termes toujours nouveaux dans chaque situation de notre vie quotidienne ». Cet esprit qui donne et nous donne de nous donner… comme le dit le n° 1, Ce don que Dieu nous fait et que nous faisons à Dieu continue jusqu’à ce jour sous l’influence du Saint Esprit en toutes nos circonstances particulières

Alors entrer dans le pardon reçu c’est croire que ma vie ce n’est pas que la bios, la survie organique, la vie ce n’est pas que mon individuation, ma psuche, mon devenir unique. Ma vie c’est aussi d’entrer dans la vie de tous, la vie de Dieu et vivre de là tout le reste… celui qui perd sa vie la garde en vie éternelle… des mots grecs qui éclairent beaucoup… bios psuche zoé

Recevoir le pardon, c’est entrer dans cette expérience, c’est vivre cette expérience, je découvre dans le pardon ce qu’est la vie véritable… je lâche ce qui, au bout du compte, ne me fait pas vivre pour m’ouvrir à ce qui donne vie à moi et à tous… dans le pardon, il y a une perte de soi, une mort de soi… pour une offrande libre à la parole créatrice du devenir… une mise à nu qui donne de vivre encore plus, de manière nouvelle…

Dans ce mouvement, celui de la foi chrétienne… reçu à partir de la manifestation du mystère de Dieu… je deviens capables avec d’autres de le reconnaître agissant en d’autres, de l’attester, c’est devenir ainsi apôtres qui confirme, cela m’ouvre de manière radicale aux autres… Il y a là tout ce qui peut se vivre en couple, en communautés locales… comme confirmation, envoi, soutien, évaluation…

Pour terminer, une perle de ce qui se vit en Dieu, le pardon, de ce qui se vit en nous lorsque nous le vivons aussi, une simple parole d’enfant…A la  question Que signifie pardonner? La psychologue chrétienne Nicole Fabrerépond notamment ceci : « Je me souviens avoir reçu une petite fille qui ne se consolait pas de s’être fâchée avec son amie. Quand elles s’étaient enfin reparlées, je lui avais demandé : «Alors, c’est comme avant?» Et la fillette m’a fait cette réponse magnifique : «Non, c’est bien mieux qu’avant.» Avoir surmonté une déchirure permet de renforcer le lien. C’est une épreuve qui fait grandir ». Oui, avec le pardon, on peut dire : « c’est bien mieux qu’avant »…

Publié dans CVX