Dimanche des Rameaux - Qui est cet homme ?

Publié le par Père Roland Cazalis

Qui est cet homme que la foule acclame et pourquoi ?

La foule manifeste sa reconnaissance, pour ce qu’elle a reçu, pas seulement lors de la multiplication des pains, mais pour toutes les paroles du Christ qui communiquaient la vie, pour toutes ces vies restaurées, pour tous les fardeaux qui ont été ôtés des épaules de l’un ou l’autre, pour la dignité retrouvée par l’un ou l’autre de ces parias de la société juive.

On rend grâce, pas seulement pour soi-même, mais pour ce que l’on a vu opérer chez l’autre, car si le malheur de l’autre nous atteint, son bonheur fait aussi le nôtre, bien entendu quand on n’est pas retenu captif dans les griffes de la jalousie.

Le Christ l’a exprimé au moins une fois, la foule était par moment, comme un troupeau sans pasteur, immobile ou affairé à ne rien faire, tournant en rond, sans projet.

Cette foule est dans l’ouverture, elle est dans la spontanéité. Elle fait cette haie d’honneur pour manifester sa reconnaissance et son affection.

C’est une des rares occasions où ce sentiment est si manifeste. La foule est dans la relation vraie ; elle est dans un moment de vérité.

Mais la foule peut aussi se retrouver dans la fermeture et l’accusation, dans le désamour sans raison apparente, quand elle prise en main ou manipulée, quand elle prête ses voiles au vent contraire.

Mais dans la scène que nous décrit l’évangile de Mathieu, ce n’est pas le cas.

La foule nous enseigne quelque chose de très important.

La foule nous enseigne que notre relation au Christ doit parvenir à l’affection. Et quand elle parvient à l’affection, quand elle atteint ce stade, alors notre barque touche terre.

Jésus est Christ et Seigneur, nous le savons. Il l’a rappelé lors du lavement des pieds après la sainte Cène.

Néanmoins, la relation doit intégrer cette réalité et parvenir à l’affection : le Christ nous donne la possibilité de parvenir à ce stade de la relation.

C’est le Christ lui-même qui dit que «  je ne vous appelle pas serviteur, car le serviteur ignore ce que fait son maître, je vous appelle mes amis, car je vous ai choisi pour être avec moi ».

La relation entre les amis est de l’ordre de la confiance, de l’affection, etc.

Dans ce cas, la prière change de registre. Prier peut devenir par exemple, « être avec », « penser à » « se rappeler d’un fait », c.-à-d., tout ce qui peut nous rapporter au Christ, tout ce qui peut ramener notre attention au Christ.

Ce sera depuis cette affection que nous pourrons désormais parler du Christ.

Cette affection nous donne une certaine stabilité et une certaine verticalité dans la vie.

Alors, ceux qui ont du mal à s’ouvrir à cette affection, à oser l’affection. Il faut se rappeler aussi que nos relations avec Marie, la Theotokos, avec Thérèse de Lisieux, peu importe celle ou celui qui nous a devancés dans la foi et qui nous inspire, cette relation doit aussi parvenir à l’amitié spirituelle, c’est-à-dire d’avoir des amis dans le ciel.

Cette amitié spirituelle est un chemin qui peut nous aider à oser cette affection pour le Christ.

Alors, « qui est cet homme ? » disait toute la ville. Qui peut en parler ?

Un prêtre disait, ou a osé dire dans une conversation sur la prière ou de la relation avec le Christ : « je sais mieux en parler que ce que je fais moi-même ».

C’est probablement là qu’il se trompe ! Le savoir n’est pas la relation ! C’est d’ailleurs la relation qui donne un savoir bien particulier, c.-à-d. quand nous exposons ce savoir particulier, alors, nous savons de quoi nous parlons.

Dans le cas contraire, ce savoir que l’on maîtrise mieux, ce savoir qui s’est substitué à la relation et qui la rend non nécessaire, et qui finalement finit par se passer allègrement de la relation avec le Christ, ce savoir est un parler en vain sur Dieu.

Or, cela fait même partie des dix commandements c.-à-d. de ne pas parler en vain de Dieu !

Autrement dit : tourne-toi vers la relation !

C’est comme les démons de l’évangile qui prétendent connaître qui est le Christ ! Or, ils refusent d’être avec lui, donc ils sont dans leurs phantasmes sur Dieu, le phantasme du pouvoir, toujours la même chose, et préfèrent y rester, un peu comme ce prêtre en question.

Précisément, la relation suppose la rencontre. Or, la rencontre a lieu par grâce ! « C’est moi qui te cherche, mais c’est toi qui viens à moi ! » dit le philosophe Martin Buber.

Personne n’a la maîtrise de la rencontre. Or, c’est précisément dans cet événement que Dieu dit au sujet qui il est et de manière très personnelle, très particulière.

Oui, qui est cet homme ? Qu’est-ce qu’il t’a dit de lui ? Par quel nom t’a-t-il appelé ?

Amen.

Père Roland Cazalis, image http://www.paris.catholique.fr/IMG/jpg/2017_careme_6_c_avec_bois_croix_c_r.jpg

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