Rm 13, 8-10, Entrons dans le beau retournement auquel tous nous sommes non seulement invités mais appelés…

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Le raisin gorgé de soleil et de sucre se donne, se libère de lui-même pour qu’il devienne du vin réjouissant le cœur de l’homme…  Comme la loi se révèle la pédagogue pour l’Esprit… cet Esprit porté par l’existence humaine du Christ Jésus… qui nous conduit.Le raisin gorgé de soleil et de sucre se donne, se libère de lui-même pour qu’il devienne du vin réjouissant le cœur de l’homme…  Comme la loi se révèle la pédagogue pour l’Esprit… cet Esprit porté par l’existence humaine du Christ Jésus… qui nous conduit.

Le raisin gorgé de soleil et de sucre se donne, se libère de lui-même pour qu’il devienne du vin réjouissant le cœur de l’homme… Comme la loi se révèle la pédagogue pour l’Esprit… cet Esprit porté par l’existence humaine du Christ Jésus… qui nous conduit.

Les jours que nous vivons au plan collectif en France  sont en train de nous l’apprendre de nouveau, la dette a une grande force motrice. Elle nous fait bouger, nous fait répondre, nous organise autrement. Aussi lorsque Paul nous demande de ne plus garder aucune dette envers personne, il nous demande de couper une masse d’obligations qui font se diluer les raisons de bien des relations, de bien des organisations. Pensons à la manière dont les paysans dans leurs villages réalisaient bien des coactions pour la moisson. Cette masse d’obligations développait tout un vivre ensemble. Vivre ensemble dont nous gardons la nostalgie, dans la mesure où nous sommes plongés dans un autre système de dette, de dettes bien plus abstraites mais que nous devons aussi honorer pour vivre ou pour survivre… à vrai dire. Cela a pour nom crédit, leasing, contrat de fidélité…

 

Alors à quoi Paul, quant à lui, appelle les Romains dans la suppression des dettes, de toutes les dettes sauf une ? A quelle nouvelle société ? Quelle nouvelle sociabilité ? Celle de la « dette de l’amour mutuel ». Chaque mot compte, une dette polarise l’avenir dans la perspective de rembourser, de produire pour rembourser, d’œuvrer, d’investir… Mais cette dette est aussi d’une autre nature, elle est celle de l’amour mutuel. L’amour est la reconnaissance que sans l’autre, que sans ce qu’il me donne, sans le don qu’il fait de lui-même je n’y arrive pas, que je suis mis en mouvement par lui, par ce qu’il m’ a donné et que je m’efforce de rendre à mon tour.

 

Mais là ne s’arrête pas l’injonction de Paul, il y a à reconnaître, à vivre que cet amour n’est pas intransitif mais qu’il est mutuel. Ce qui me met en mouvement, ce que l’autre m’a donné, ce que je lui dois, et aussi pris dans ce que j’ai aussi donné, ce dont l’autre manque aussi. Se dessine ainsi le fondement d’une toute nouvelle manière de vivre ensemble. Dont l’obligation n’est pas dans le remboursement par obligation, mais dans le don réalisé par reconnaissance du don de l’autre, au-delà du don que je fais moi-même par ailleurs, éprouvant toujours plus profondément, que je ne puis exister sans l’autre, sans le don qu’il me fait de lui-même bien au-delà de moi-même.

 

Une pédagogie sous-tend donc cette affirmation de Paul. Elle donne alors d’interroger la pédagogue par excellence. La Loi, la loi qui se révèle en son sein porteuse de cette promesse de réciprocité  véritable qui me donne de me donner bien plus que de seulement satisfaire à une obligation… Alors je comprends qu’une série d’interdits d’actions puissent être retournés pour laisser apparaître la positivité motrice qu’ils contenaient tous depuis l’origine et qui dans le Christ Jésus, dans son existence humaine, ont reçu pour toujours visage positif : « Tu aimerais ton prochain comme toi-même ». Phrase qui ne peut devenir réalité que si je suis aussi et d’abord aimé par un autre. C’est l’amour de l’autre qui me donne de pouvoir m’aimer, pouvoir désirer ce que je veux et qui me donne alors de pouvoir aussi aimer l’autre justement. Ne cessons pas de revenir à ce moment où notre humanité prend son véritable visage, au moment où le Fils par amour s’incarne. Il ne cesse de le faire, jusqu’à son don total, son anéantissement qui nous rejoint, nous manifeste l’amour et nous donne de pouvoir en tout aimer.

père Jean-Luc Fabre

Romains 13, 8-10 Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi. Ce que dit la Loi : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien ; ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l'accomplissement parfait de la Loi, c'est l'amour.