Une propagation fulgurante, quel support ?

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

« Je suis Charlie » la propagation de ce slogan ne peut pas ne pas interroger. Pourquoi, au-delà de tout ce qui est dit comme sensation brute, une telle justesse…  vous est proposé un parcours historique, non à partir de « Charlie » mais de « Je suis »…

« Je suis » est une expression qui au cours du siècle dernier a été déclinée de bien des manières… avec un réel impact médiatique durable…

Ainsi il y a eu : je suis un homme « I am a man », puis : je suis un berlinois « Ich bin ein Berliner », aussi « nous sommes tous des juifs allemands » et maintenant : « Je suis Charlie »…  Un blog en a fait une belle recension…

Il y a ainsi celui qui veut simplement être reconnu comme un homme parmi les autres hommes au-delà de la couleur de sa peau, puis un homme qui veut être libre dans une cité libre avec un autre qui épouse son identité modeste de citoyen pour le porter, le « trublion » dont le caractère étranger et juif est assumé par ses camarades qui ne sont ni juifs, ni étrangers. Enfin un homme qui veut être reconnue libre dans toute sa singularité même la plus provocante… A chaque fois, l’attaque de l’un met en péril l’identité de l’autre… A chaque fois, le contexte est violent, la marche pour l’égalité, la guerre froide, les événements de Mai 68, la tuerie de Paris… A chaque fois, l’un se substitue dans la déclaration à l’autre…

Alors comment ne pas voir que toutes ces déclarations de reconnaissance, de solidarité, d’identités qui communiquent sont portées par cette première identité inaugurale, celle du Fils… « Je suis », le nom de Dieu qui se révèle, la manière dont Jésus parle de lui dans l’Evangile de Saint Jean… Il est Celui qui est, et qui, par cela, nous porte tous… nous donne de pouvoir dire « me voici » en allant jusqu’à épouser l’identité du malheureux, du petit, du rejeté…

“Je suis” (en grec ego eimi, c’est moi), revient vingt-quatre fois dans l’Evangile de Jean. C’est significatif de la compréhension que les chrétiens ont eue de Jésus. Ce dévoilement de Dieu culminera dans l’élévation sur la Croix : “Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, vous saurez que ‘Je suis’ ” Jn 8,28. Les chrétiens, éclairés par la résurrection, feront le lien entre le Nom révélé à Moïse et Jésus-Christ. Ce qui a commencé dans la rencontre de Dieu avec son peuple s’est poursuivi au long de l’histoire d’Israël et s’accomplit en la personne de Jésus. Plus que simple “envoyé du Père”, Jésus est reçu comme Dieu lui-même : “Je suis”. (ch.5, v.19, puis ch. 8,28 et 8, 58). Et comment ne pas penser aussi à Paul en Actes 22 notamment… qui déclare son histoire et dit avoir entendu à sa conversion la Parole lui dire « je suis Jésus de Nazareth, celui que tu persécutes » Là aussi, la déclaration de l’identité se fait dans la persécution, elle est aussi substitutive, enveloppante…

Le rassemblement dans notre pays qui se manifeste comme Nation, ce dimanche, révèle que la bonne nouvelle nous travaille bien au-delà de ce que nous pensons… l’idéal de fraternité qui nous anime massivement repose sur la figure christique et la retrouve dans l’épreuve… Nous pouvons aujourd’hui en prendre plus pleinement conscience… la vie n’est pas sans « le sang et l’eau », ni le bonheur être le fruit de l’activité marchande… mais il est le fruit de l’acceptation en nous de la joie et de la douleur, nous ouvrant à la vraie humilité qui donne de reconnaître l’autre à la suite du roi qui s’est fait serviteur… c’est un appel pour habiter de manière authentique notre quotidien en reconnaissant notre prochain à la suite du Serviteur !

P Jean-Luc Fabre

Actes 22 «Mes frères et mes pères, écoutez ce que j'ai maintenant à vous dire pour ma défense!» 2 Lorsqu'ils entendirent qu'il leur parlait en langue hébraïque, ils redoublèrent de calme. Paul dit alors:  3 «Je suis juif, né à Tarse en Cilicie, mais j'ai été élevé à Jérusalem et formé aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi héritée de nos ancêtres; j'étais plein de zèle pour Dieu, comme vous l'êtes tous aujourd'hui 4 J'ai combattu à mort cet enseignement, enchaînant et mettant en prison hommes et femmes. 5 Le grand-prêtre et tout le collège des anciens m'en sont témoins, puisque j'ai même reçu d'eux des lettres pour les frères de Damas, où je me suis rendu afin d'arrêter ceux qui s'y trouvaient et de les ramener à Jérusalem pour les faire punir. 6 »J'étais en chemin et j'approchais de Damas quand tout à coup, vers midi, une grande lumière venue du ciel a resplendi autour de moi.7 Je suis tombé par terre et j'ai entendu une voix qui me disait: 'Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?' 8 J'ai répondu: 'Qui es-tu, Seigneur?' Il m'a dit: 'Je suis Jésus de Nazareth, celui que tu persécutes.' 9 Ceux qui étaient avec moi ont bien vu la lumière [et ont été effrayés], mais ils n'ont pas compris celui qui me parlait 10 Alors j'ai dit: 'Que dois-je faire, Seigneur?' Et le Seigneur m'a dit: 'Lève-toi, va à Damas et là on te dira tout ce que tu dois faire.'

[Sources à consulter http://tentation-du-regard.fr/i-am-a-man/ ; http://tentation-du-regard.fr/vous-devez-etre-charlie/ ; http://jewishquarterly.org/2011/02/the-least-and-the-last-of-the-jews/ ; http://arras.catholique.fr/page-34909.html ; http://diaconos.unblog.fr/category/religion/enseignement/catechese/dessins-sur-la-bible/page/11/ ]