Mon peuple, qui fait face à la mort le torse nu ...

Publié le par Père Jean-Luc

Notre blog ne cherche pas à coller directement à l’actualité du monde. Il vise à aider ses lecteurs à cheminer sur le chemin de la sainteté personnelle, sa filiation divine, sainteté qui le conduira à être un acteur pour le bien du monde en œuvrant pour la fraternité, là où il se trouve. Mais la lecture de cette lettre qui émane d’un prêtre syrien nous a amenés à déroger à nos principes. Nous savons notre impuissance individuelle, nous savons aussi que des mouvements d’opinions peuvent conduire les états à se ressaisir. Lisez donc ce courrier, priez pour le règlement en justice de ce conflit, faites connaître ce message. Oui, comme nous y encourage le Saint-Père : « Faisons attention les uns aux autres ». Bon carême à chacun de vous.

 Père Jean-Luc Fabre


Lettre d’un prêtre catholique syrien (reçue le 21 févr. 2012)

Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie,

Je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.
syrie-chretiens.jpgDepuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya.
Depuis une semaine et jusqu'au moment où j'écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d'enfants, et des centaines de maisons ont été détruites sur les têtes de leurs habitants.
La cécité qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l'Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, ont permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois. Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd'hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde. C'est une expression claire de notre sentiment d'être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfaits par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n'empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang. Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent dans l'histoire mondiale des révolutions. Le personnel médical est empêché de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l'entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d'un sac de sang ou d'une tablette de Setamol dans les zones touchées est considérée comme un crime digne d'emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.
Dans toute son histoire moderne, le monde n'a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n'a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré comme une complicité dans le crime et l'extermination de mon peuple. Mon peuple est un peuple de paix, de café, de musique que j'espère vous savourerez un jour ; de roses, dont j'espère qu'un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd'hui exposé au génocide et que le monde entier est complice dans le versement de notre sang.
Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j'espère que vous agirez par solidarité avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée. Je sais que l'écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n'ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple.

KHALED KHALIFA DAMAS

photo http://www.dici.org/wp-content/uploads/2012/02/9_syrie_chretiens.jpg

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